Connaissez-vous les thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles ? (The Conversation)

Plus d’un siècle durant, des chercheurs en psychologie et des psychiatres cliniciens ont proposé de nouveaux modèles des troubles psychiques (anxiété, dépression) et de nouvelles psychothérapies. On peut schématiquement dire que trois courants se sont succédé : le béhaviorisme (ou comportementalisme), la thérapie cognitive et les approches centrées sur les émotions comme la méditation de pleine conscience.

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Image par Okan Caliskan de Pixabay

À l’origine, le béhaviorisme

John Broadus Watson.

Le béhaviorisme est né aux États-Unis, peu après la psychanalyse. Et c’est John Broadus Watson (1878-1958) qui est considéré comme l’inventeur du terme et le père du béhaviorisme (ou comportementalisme), avec la publication en 1913 d’un article dans Psychological Review.

Le psychologue américain défend l’idée selon laquelle la psychologie ne peut devenir une science que si elle s’en tient à l’étude des comportements observables et teste ses hypothèses par des expériences réplicables. Le béhaviorisme se définit ainsi comme une science du comportement basée sur l’empirisme. En opposition avec la méthode de l’introspection psychologique et le courant psychanalytique pour lequel les phénomènes inconscients ne pouvant pas être observés, les démonstrations reposent sur des cas singuliers.

D’après John B. Watson, tous les comportements sont issus d’un conditionnement, et il donc possible de les désapprendre. Une hypothèse qu’il va tester avec son assistante Rosalie Rainer en menant une expérience peu éthique et peu concluante d’apprentissage suivie de déconditionnement d’une peur des rats blancs chez un enfant de 11 mois, le petit Albert. Et malgré les critiques justifiées, le béhaviorisme aura une influence très importante sur la psychologie américaine entre les années 1930 et 1950.

Le comportementalisme à visage humain

C’est le psychiatre américain Joseph Wolpe qui propose le premier traitement comportemental chez l’humain en 1962, par la méthode de désensibilisation systématique des phobies. Elle s’appuie sur le principe de « l’inhibition réciproque », qui consiste à induire une réponse antagoniste à la peur et l’anxiété non pas par la nourriture, comme chez l’animal de laboratoire, mais par la relaxation.

En pratique, il s’agit de s’exposer graduellement à la phobie en faisant appel à l’imagination, puis de contrer la réponse anxieuse au moyen de la relaxation. Une thérapie comportementale que Joseph Wolpe définit comme

« l’utilisation, dans le but de modifier un comportement, des principes de l’apprentissage établis expérimentalement. Les habitudes inadaptées sont affaiblies et éliminées, les habitudes adaptées sont installées et renforcées ».

Offrant une alternative à la psychanalyse dans la prise en charge des phobies et plus largement des névroses, une telle thérapie est aussi plus courte et dirigée vers le problème actuel, plutôt que sur le passé et l’inconscient. Reste qu’elle est critiquée non seulement par le courant psychanalytique dominant en psychiatrie jusqu’aux années 1970, mais aussi par la psychologie cognitive : on lui reproche d’avoir délaissé les états mentaux au profit des seuls comportements.

De la rationalité aux TCC

La thérapie cognitive est née aux États-Unis entre la fin des années 1950 et le début des années 1960 des travaux fondateurs de deux Américains : le psychologue Albert Ellis (1913-2007) et le psychiatre Aaron Temkin Beck (1921-).

Pour Albert Ellis, les problèmes psychologiques et émotionnels viennent de nos pensées illogiques et irrationnelles : nous pouvons donc les changer et tendre vers le rationnel. Et s’inspirant des philosophes grecs et des stoïciens, il met en cause notre interprétation des faits : dans le Manuel d’Epictète, n’est-il pas écrit que « Ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses mais les jugements qu’ils portent sur les choses » ?

Aaron Beck. Slicata, CC BY-SA

Influencé par son compatriote, Aaron Beck part d’un constat : tous les patients déprimés expriment des pensées négatives sur eux-mêmes, sur le monde extérieur et sur l’avenir. Et d’après lui, cette façon négative de traiter les informations est inconsciente et sous-tendue par ce qu’il appelle le « schéma cognitif ». À savoir, une sorte de disque dur de notre psychisme, qui contiendrait l’ensemble de nos connaissances et se construirait tout au long de la vie au gré de nos expériences et de nos apprentissages.

Pour le mettre à jour, le psychiatre va d’abord chercher à connaître les monologues intérieurs – ou « pensées automatiques » – de ses patients. Puis, il leur proposera de les rendre plus réalistes et moins négatives. Il s’agira de substituer à une pensée du type « je suis nul(le), je ne m’en sortirai jamais, je suis un poids pour mes proches… » une autre du genre « être déprimé(e) ne veut pas dire que l’on ne vaut rien, avec le temps je vais guérir, ma famille me soutient comme je le ferai pour eux ». Car selon ses dires, c’est par la cognition que l’on accède à l’émotion et au comportement.

In fine, traduisant la confluence de deux courants plus complémentaires qu’opposés, le terme de thérapie comportementale et cognitive (TCC) (en anglais, cognitive behavioral therapy) fait son entrée au début des années 1980 dans la littérature scientifique anglophone. De nombreuses études vont alors montrer l’efficacité de ces TCC, principalement dans la dépression, le trouble panique et les phobies, l’anxiété généralisée, les troubles obsessionnels compulsifs, ou encore les addictions. Au point d’en faire en psychothérapie l’approche de première intention pour ces pathologies très fréquentes (environ une personne sur cinq touchée au cours de sa vie), et un bon moyen de diminuer la consommation d’antidépresseurs et d’anxiolytiques.

Un article issu de The Conversation rédigé par le psychiatre Dominique Servant 

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