la méditation : une alternative aux benzodiazépines par Bruno Journe

18 septembre 2017

La méditation dans les soins
Bruno Journe, médecin addictologue
Pratiques et Formations
Programme sur les sites : www.brunojourne.fr et www.medecineyoga.com
Méditer c’est prendre soin (Remède et méditation ont la même origine latine). Nous abordons la
méditation comme une exploration pratique des données de la neurobiologie et cela nous ramène à
la ‘’non-dualité’’.
Cette méditation commence en explorant les capacités de percevoir le monde, explorer les
perceptions, sources de l’intelligence. Les exercices abordent le corps comme un instrument de
musique, observation intérieure autant qu’extérieure, des rapports aux matières et à l’espace.
Etudes de l’instrument, de l’écoute, des interprétations, des partitions, l’harmonie, jouer sans
tensions, les sujets sont vastes.
La neurobiologie montre les limites des organes qui permettent d’accéder à la conscience. La
méditation montre l’inverse, la conscience illimitée. La conscience n’a pas d’état, les moyens d’être
conscient ont des états. Deux découvertes majeures situent ce qui est conditionné et ce qui ne l’est
pas. Le GPS neuronal (Prix Nobel 2014) décrit les structures qui nous situent en relation avec l’album
des mémoires. Par les explorations des fonctions cérébrales, Benjamin Libet a montré le temps
d’élaboration des pensées, un temps non-conscient. La conscience des objets, du temps et des
situations est conditionnée, le sujet conscient n’est pas conditionné.
Méditer est une attention profonde, non pas une réflexion profonde. A côté ou en face d’un patient
c’est une écoute sans apriori, ouverte, attentive, intelligente. Cette écoute au-delà des mots, perçoit
l’épaisseur de la personne et de la situation. De cette intelligence (intellegere : comprendre)
viennent des réponses qui vont évoluer et s’adapter pour soigner.
Partagée avec un patient, la méditation est une visite de l’instant, du corps qui se dépose et
expérimente l’espace. Expérience et initiation au présent, à une grande détente. La méditation
explore ensuite les tensions, les relations entre ce que dit le corps et ce que disent les histoires
passées, éventuellement les traumatismes.
Méditer c’est explorer les conditionnements et rencontrer ce qui n’est pas conditionné. C’est visiter
la caverne de Platon pour apercevoir ce qui est attaché ou dépendant et découvrir ce qui est libre.
Les mémoires ne sont pas dans le passé, ce sont elles qui structurent le présent (l’identité, l’action).
La méditation devient thérapeutique en visitant les mémoires, en les déplaçant, comme on visite un
placard, comme on trie et on range. La méditation devient visualisation, rêve éveillé, le sujet reste
conscient, participant. La méditation devient réparation, voeux.
« Méditer c’est prendre soin de l’être ». La méditation que nous abordons est celle que Jean Klein a
enseignée. La non-dualité est d’abord une intuition entre les limites du corps, des perceptions et
l’absence de limite de ce qui peut être perçu et conçu. Le corps est dans le prolongement de la
nature qui l’entoure. Il n’y a pas de séparation des éléments qui constituent le corps et l’ensemble du
cosmos. La non-dualité envisage une continuité de la matière, des énergies et de la Conscience.
Cette approche retrouve ce qu’en Inde on nomme un ‘’corps subtil’’, un corps global formé de gaines
(Koshas). Les textes traditionnels décrivent une physiologie cohérente avec la méditation. La
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cinquième gaine qui entoure les quatre autres est la gaine de la joie. La première motivation à la
méditation est là. La nature de l’être est la joie. « L’arrêt des fluctuations du mental », fondement du
Yoga selon Patanjali, c’est la félicité, le détachement des objets, c’est le bonheur, au dessus des
bonheurs de toutes les divinités (les antipodes de la pensée Occidentale, de ‘’Je pense donc je suis’’).
Les perceptions occupent la gaine de l’intelligence, le corps apparaît de l’environnement,
l’environnement apparaît au corps. L’action appartient à la gaine du ‘’mental’’, liée aux organes
d’actions. Le mental, c’est ce qui nous rappelle le matin ce que nous avons à faire, à agir pour
assumer la vie biologique et la vie sociale. ‘’Je suis Z, je fais Y…. appartiennent au mental. C’est ce
‘’mental’’ là qu’il convient d’arrêter. Les exercices du Yoga n’ont pas de finalité, pur déroulement du
corps, de ce qui circule entre la matière manifestée par le sol, l’espace manifesté par l’air, l’énergie
manifestée par la lumière.
La gaine de la matière inerte correspond aux densités. Il s’agit aussi des matières du corps de ce qui
le nourrit. La gaine de l’énergie apparaît par les mouvements du souffle, dans un sens très large. Les
énergies de la planète, du vent, des marées, des mouvements du cosmos… La matière et l’énergie
sont symboliquement séparées. La Taittiriya Upanishad qui décrit ces gaines chante la nourriture, ce
qui mange est ce qui est mangé, les échanges intimes des matières et des énergies.
L’Inde s’est intéressée depuis le début aux fonctions du corps et de la conscience. Les fondations de
cette culture ne sont pas religieuses ni philosophiques, elles sont expérimentales. Un savoir à la fois
transmis et vérifié par le chercheur. La méditation, est d’abord une attention aux faits biologiques,
aux faits de la nature, aux perceptions, aux souffles, à l’attention elle-même. Ce sont des travaux
pratiques pour accéder à la connaissance. Les exercices concernent le corps, support des perceptions
et des conditionnements. Le yoga n’est pas une gymnastique mais un regard sur les relations entre le
cosmos et l’individu.
Le corps est un support à la méditation. D’abord essentiellement structuré par l’environnement
psychologique et social, c’est l’intuition d’autres dimensions et d’une réelle liberté qui attire vers une
autre attention. Dans notre travail, méditer rassemble les fonctions perceptives, perceptions
externes et internes. Les exercices ressemblent aux gammes d’une musique silencieuse, prendre
soin, et expérimenter l’instrument et ses fonctions. La méditation ne fait pas appel aux mémoires, les
exercices amènent à la conscience du présent.
La méditation peut se porter autant sur les positions des lombaires ou des cervicales, les
mouvements du souffle, du front ou des yeux. On peut détacher et abandonner les masques, la
nature est généreuse. L’expérience du mouvement dans la méditation découvre la physiologie
vivante.
La méditation pour le praticien apporte une attention à la fois ouverte et sensible, spécifique et
aspécifique. La pratique assidue permet une grande présence aux questionnements et situations des
patients, la meilleure proximité et la meilleure distance. Méditer devient le meilleur observateur des
transferts et des projections, le soin autant que la prévention de l’épuisement professionnel.
Pour répondre à une situation nouvelle, les neurones font appel aux situations connues, aux schémas
installés, ce processus n’est pas conscient. La réponse à une situation utilise les données acquises, la
conscience, est une forme de témoin de la situation. Méditer, comme soigner, c’est faire appel à ce
témoin conscient. Le témoin devenant acteur pourra ensuite modifier les schémas.
Les schémas sont évidemment installés par la culture avec la croissance biologique, de la bouche, de
la langue, de la déglutition, du goût et de l’appétit… il s’installera pour la marche, pour monter sur un
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vélo, dans les relations avec les autres. La sélection des schémas assure les cohérences vitale et
sociale. L’humain est conscient de sa conscience. Ses fonctions conditionnées s’inscrivent dans
l’épigénétique, dans le corps et les comportements. Il s’agit de mémoires que l’on identifie comme le
connu, ces processus sont acquis, en aucun cas innés.
Les apprentissages et les conditionnements commencent dans le bain amniotique. Le premier
sevrage est la naissance. Découverte en même temps de l’indépendance et de la dépendance, de la
puissance et de la fragilité. Les addictions s’insèrent dans ce processus. (Ces notions sont développées et
référencées dans « Les addictions, le Lieu et le Temps » disponible en ligne)
Méditer, au minimum, c’est l’instant pris pour choisir, au mieux, c’est une attention prolongée et
comblée par la contemplation de tous les champs possibles. Méditer, ce n’est pas réfléchir. La
réflexion doit être envisagée au sens propre, cette activité qui renvoie les pensées et les
comportements, comme des échos, comme des balles de ping-pong sur les raquettes culturelles et
sociales.
La méditation renvoie à la conscience. Ce n’est pas la conscience ‘’de quelque chose’’. Aucun objet
ne contient le bonheur ni l’amour, les objets sont des réflecteurs de la joie et de l’amour. L’approche
non duelle considère la conscience comme l’air ou la lumière, elle existe indépendamment du
contenu ou de l’objet qui la fait apparaître.
Ni pleine ni vide, cette approche repose sur les traditions et les philosophies que la plupart des
religions ont développées sans se perdre dans les formes ni les croyances. Le corps est dans le
prolongement de la pensée, et réciproquement. La conscience est canalisée par la biologie, affectée
par les mémoires et les conditions environnementales f. La conscience reste la conscience, toujours
présente.
Face à la puissance et l’irrationnel des addictions, la méditation est un moyen de prendre de la
distance et d’observer. L’inquiétude ou la tristesse (anxiété et dépression selon le marketing du 20ème
siècle) justifient la même attention, écouter, observer, participer aux émotions, la santé sous-jacente
émergera. Méditer, est ici une attention aux perceptions de l’air, aux poids, aux goûts, aux sons,
autant que ce qui se dit. Il s’agit d’une attention aux manifestations biologiques et psychologiques,
sans choix, sans analyse, ni projection.
Lectures utiles :
> La joie sans objet, Jean Klein
> Corps de silence, Eric Baret
> Taittiriya Upanishad, adaptation pour le troisième millénaire, Bruno Journe (sur : www.medecineyoga.com)
> La méditation et le mouvement des yeux, Bruno Journe (le Courrier des addictions, octobre 2016)
> Le temps le lieu et les addictions, Bruno Journe (Congrès ATHS octobre 2017)
Programme des formations,
Disponibles sur les sites : www.brunojourne.fr et www.medecineyoga.com