Risque alcool : les fondements scientifiques d’une politique de santé efficace

30 octobre 2018

Addiction  - Risque alcool : les fondements scientifiques d’une politique de santé efficace

Alors que le gouvernement prépare la publication du plan gouvernemental de prévention des conduites addictives, une étude scientifique d’une importance majeure a fait irruption dans le débat public à la fin de l’été. Publiée dans la prestigieuse revue The Lancet, elle a, par sa qualité (1800 chercheurs de 127 pays y ont contribué) et son ampleur (les données étudiées portent sur 28 millions de personnes de 195 pays sur une période de 25 ans), provoqué en France à la fois la satisfaction des professionnels de santé publique et la stupéfaction des alcooliers.

Plutôt que de formuler de vaines invectives contre les progrès des connaissances, la question est de savoir si nous voulons réellement (et politiquement) réduire les dommages considérables (et incontestés) liés à la consommation d’alcool dans notre pays ; pour quels objectifs et par quels moyens ?

Une politique pragmatique de prévention des risques

L’étude parue dans The Lancet conforte, à l’échelle internationale, les thèses défendues par les professionnels de santé publique : le risque pour la santé lié à la consommation d’alcool est corrélé à la quantité consommée et à sa fréquence. La contestation de ces données scientifiques par le lobby alcoolier est d’autant plus surprenante que nous avons la chance de vivre dans un pays où, contrairement à d’autres, le courant prohibitionniste n’a jamais existé, ou de manière très marginale, essentiellement au début du XXe siècle.

L’échec de la prohibition de l’alcool aux États-Unis (tout comme celui de la « guerre à la drogue » ensuite) n’a fait que renforcer les acteurs de santé et de prévention dans leur volonté de mettre en place une politique pragmatique de réduction des risques et des dommages. On a pu en voir l’illustration concrète, même si le concept n’était pas encore formulé, dans la loi Evin de 1991, qui n’interdit pas la vente ou la consommation de tabac et d’alcool, mais en encadre l’usage pour en minimiser les conséquences sociales et sanitaires, en premier lieu pour la jeunesse.

Là encore, les données de la science peuvent nous aider à avoir un débat, sinon complètement serein (ce serait un miracle), du moins plus apaisé. Car, si les objectifs à atteindre demeurent difficiles à chiffrer (par exemple : de combien faudrait-il raisonnablement diminuer la consommation d’alcool dans notre pays pour faire baisser de moitié, en 10 ans, le nombre de cancers dus à l’alcool ?), il est inutile de débattre à l’infini sur des sujets que le monde scientifique a tranché, sauf à vouloir enliser le débat. Aujourd’hui, les fondements d’une politique de santé efficace sont connus.

Mettre en place une politique cohérente

La cohérence est le premier pilier sur lequel une politique de santé publique pourra s’appuyer pour atteindre ses objectifs. Nous savons, depuis les travaux de Thomas Babor, qu’une politique de prévention, pour être efficace, doit associer la promotion et l’éducation pour la santé à des mesures structurelles (encadrement de l’offre, encadrement de la promotion des produits, intervention sur le marché via des taxes adaptées).

Utilisée seule, l’éducation pour la santé est de faible efficacité car elle fait alors face à un marché non régulé. De même, les seules mesures structurelles courent le risque d’être mal comprises, donc mal acceptées. La politique de lutte contre le tabac est un bon exemple de cette cohérence où des mesures a priori impopulaires (augmentation des prix, interdiction de fumer dans des lieux publics) finissent par être acceptées grâce à des programmes éducatifs et des campagnes d’information.

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