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Si la réduction des dommages liés aux addictions participe de votre choix présidentiel, voici la position des candidats

En ce 1er Mars 2017 s’est déroulé un évènement important pour la prise en compte des addictions dans la santé publique. Dans le contexte d’une tribune publié dans le Monde par l’association Echo (signée par 100 grands acteurs des addictions) s’est tenu un « Grand Oral » de quatre représentants de candidats à la présidentielle sur le thème : Drogues, sexualités, quelles innovations politiques pour construire la société française de 2030 ?

Ont répondu présent 4 représentants :

  • Jean-Marc Borello, président du groupe SOS, représentant Emmanuel Macron
  • Catherine Lemorton, députée de Haute-Garonne, présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, représentant Benoît Hamon
  • Caroline Cayeux, sénatrice-maire de Beauvais, représentant François Fillon
  • Mme Riva Gherchanoc, maire adjointe de Montreuil, représentant Jean Luc Mélenchon.

 

Les positions de Mr Jean-Marc Borello (Emmanuel Macron)

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C’est Jean-Marc Borello qui ouvre le bal, fort de son expérience dans le groupe SOS, il possède de solides connaissances en matière sociale. Sur le plan de la politique concernant les drogues, le représentant de Macron se dit favorable à une contraventionnalisation pour les petits délits concernant le cannabis (possession en petite quantité et usage). Bien que Mr Macron soit conscient des dangers liés à l’économie souterraine liée aux trafics clandestins de cannabis, il préfère se laisser une marge de réflexion sur le sujet et consulter la population aux moyens de débats citoyens qui réuniront des experts et la société pour travailler sur le sujet pour édifier une politique cohérente.

Mr Borello avoue avoir certaine peur de la légalisation du cannabis car il ne voudrait pas que l’état soit assimilé à un « dealer en blouse blanche ». Sur le point de vue des autres  drogues, Macron et son équipe se disent en faveur d’une politique de réduction de risque et encourage des initiatives telles que les salles de consommation à moindre risque. Il souhaite une politique de réduction des risques radicale et disruptive.

Concernant l’alcool, selon Mr Borello, la question de la modération semble plus réaliste et pertinente par rapport à l’abstinence complète. Ce dernier est parfaitement conscient des lobbies alcooliers qui gangrènent les politiques de prévention jugée pourtant prioritaires pour Macron. Il est impératif de cibler les populations à risques pour avoir une vraie réponse en matière de santé publique.

On peut compléter cette intervention avec l’extrait de son programme qui met en lumière les conséquences de l’alcoolisme et du tabagisme (80000 morts/an) et prévoit le financement d’actions de prévention dans les hôpitaux et chez les professionnels de santé libéraux, service sanitaire de 3 mois et l’objectif d’une première génération sans tabac et d’un paquet à 10 euros.

En résumé, on voit bien que dans les positions de Mr Macron une grande place est laissée à la réflexion préalable et peu de propositions concrètes sont exprimées. Le point de vue du candidat est ambigu sur le cannabis et il n’y a rien de prévu pour la réduction des dommages liés à l’alcool. Le candidat ne parle que des morts et de la maladie alcoolique et non pas des risques liés à la consommation d’alcool ;  mais agir sur le risque alcool l’obligerait à proposer des mesures de prévention qui contrarieraient sa conseillère aux questions agricoles : Audrey Bourolleau (déléguée générale de Vin & Société). Il est à craindre que le curseur aille plus vers l’économie que vers la santé publique.

 

Les positions de Mme Catherine  Lemorton (Benoît Hamon)

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Mme Lemorton, représentante de Benoît Hamon s’est exprimée en début d’après-midi. Très carrée et pragmatique dans sa réflexion, elle a ainsi affirmé qu’une société sans drogues ne pouvait pas exister tout en mettant en lumière le paradoxe entre le fort interdit en France et la facilité d’accès des produits (en particulier le cannabis). Sur la question du cannabis, l’interdiction est, selon elle, un frein à la santé publique puisqu’elle rend impossible une campagne de prévention cohérente. La légalisation du cannabis serait aussi un moyen d’assécher les marchés parallèle et de réinvestir dans la prévention. Il y a une vraie volonté de contrôle étatique sur l’ensemble de la chaîne de production et de revente du cannabis pour contrer ces marchés. La question de la réinsertion de certains revendeurs a aussi été abordée.

En effet, en ce qui concerne la Loi de 70, Benoît Hamon souhaite lutter contre cette dernière le car elle représente une barrière à la prévention en interdisant formellement tout usage de drogue et en criminalisant les usagers. L’initiative des salles de shoots représente  un moyen de creuser une petite brèche dans cette loi puisqu’on y tolère la consommation d’héroïne. Les salles de consommation à moindre risque sont envisagées positivement par Mme Lemorton : elles sont vues comme une première main tendue pour amorcer une procédure de prise en charge et aussi un moyen de ramener de la quiétude dans certains quartiers. La députée a aussi mis un point d’honneur à lutter contre les lobbies alcooliers qui entravent toutes tentatives de prévention efficaces en s’alliant avec les députés issus de territoires viticoles.

En ce qui concerne les politiques sur les autres drogues que le cannabis, la légalisation ou la dépénalisation n’est pas encore à l’ordre du jour puisqu’ils estiment que le sujet n’a pas été assez approfondi. Benoît Hamon voudrait s’appuyer sur le maillage associatif local pour mieux connaître chaque lieu de vente et de consommation pour agir en conséquence.

En résumé, ces propositions sont assez proches de celles de la majorité des acteurs intervenant dans le champ des diverses addictions et en particulier dans le domaine de l’alcool en annonçant privilégier la santé publique aux intérêts économiques.

Les positions de Mme Caroline Cayeux (François Fillon)

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Vint après le tour de Caroline Cayeux, Sénateur-Maire de Beauvais, représentante de François Fillon et clairement la moins à l’aise sur le sujet. Après 10 minutes de sa présentation, les sujets des drogues ou de la sexualité ne sont toujours pas abordés, la députée se contente de reprendre les thèmes de campagne de François Fillon en évoquant l’importance de la famille et de l’éducation, le remboursement des lunettes ou l’importance du médecin scolaire comme vecteur de prévention.

L’accent est par ailleurs beaucoup mis sur la prévention notamment dans les écoles, le programme de Mr Fillon s’appuie beaucoup sur les enseignants pour créer des parcours éducatifs de prévention tout au long de la scolarité.

En matière d’addictions, la politique proposée par Mme Cayeux est jugée plutôt conservatrice. Le candidat LR s’oppose fermement à toutes tentatives de légalisation ou de dépénalisation du cannabis. Le produit est jugé très dangereux notamment en ce qui concerne la sécurité routière et le seul moyen qui semble pouvoir contrer ce phénomène selon Caroline Cayeux est de mener une politique de répression encore plus dissuasive. Elle souhaite aussi plus s’appuyer sur les associations de patients pour lutter contre les phénomènes d’addiction.

En ce qui concerne les salles de consommation à moindre risque elle estime que ce système est peu protecteur puisque des overdoses ont déjà été recensées dans ce type d’établissement. Les salles de shoot sont trop chères à construire et à entretenir pour un bénéfice pas assez significatif.

En résumé, on retrouve ici les positions classiques de la droite qui prône une prévention sans réelles innovations ou modifications de la loi. Mme Cayeux était peu assurée sur les sujets liés à la drogue et s’est contenté de rejeter en bloc toutes tentatives d’ouverture pour rester fermée sur une démarche répressive. Une politique de réduction des risques n’est donc pas à espérer du côté de la droite. Selon elle, les problèmes du tabac et de l’alcool seront endigués par la prévention… Aucune mesure concrète n’est proposée, rien non plus pour le développement des soins.

 

Les positions de Mme Riva Gerchanoc (Jean-Luc Mélenchon)

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Pour clore le bal Mme Riva Gerchanoc, adjointe à la mairie de Montreuil et représentante de Jean-Luc Mélenchon a détaillé le programme de son candidat concernant la politique à mener concernant les addictions. Elle a tout d’abord posé comme principe la défense des piliers de la santé comme la sécurité sociale et l’assurance maladie ce qui est nécessaire pour les problèmes des drogues et les coûts des traitements de substitution pour soigner l’addiction.

Concernant le cannabis, les membres de la France Insoumise ont une position proche du candidat Hamon puis qu’ils prônent une légalisation avec encadrement de la production et de la consommation et le reversement des revenus de la vente de cannabis dans des démarches de prévention et d’accès aux soins. Ils se prononcent en faveur d’un diagnostic global sur la consommation de drogues et de psychotropes en France (y compris les anxiolytiques) afin de pouvoir traiter au mieux chaque addiction.

Il y aussi une forte dimension sociale dans le programme de lutte contre les addictions de Monsieur Mélenchon : en effet Mme Gerchanoc a insisté sur l’importance de prendre en compte la famille des usagers de drogues et pas seulement le patient. Elle s’est aussi exprimée favorablement pour une politique de réinsertion des anciens dealers afin de garantir la tranquillité au sein des quartiers dans lesquels sévit le trafic.

Monsieur Mélenchon et son parti sont favorables à une politique de réduction des risques et des dommages plutôt qu’à une politique répressive. Il souhaite interdire la vente de cannabis et d’alcool dans les mêmes lieux et se prononcent en faveur des salles de consommation à moindres risques. Enfin l’accent a aussi été mis sur le lobby pharmaceutique qu’il faut absolument enrayer afin d’avoir des innovations de santé centré sur leurs bienfaits sanitaires et non sur des objectifs de rentabilité.

En résumé, ces propositions ont une cohérence interne dans la prévention des dommages liés aux drogues illicites, s’intéressent aux addictions médicamenteuses et à leurs déterminants économiques. Nous n’avons rien entendu concernant une politique déterminée à réduire les dommages de l’alcool et du tabac.

 

On peut noter que le Front National n’a pas souhaité participer au débat.

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Le 11 Déc 16