Si l’alcool avait été inventé aujourd’hui, il n’aurait jamais été autorisé

Alcool / 10 juillet 2018

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Addiction Alcool - Si l’alcool avait été inventé aujourd’hui, il n’aurait jamais été autorisé

Printemps 2050, au comptoir d’un pub londonien. Atmosphère festive, décibels en hausse, le vendredi soir bat son plein. Les clients enchaînent les verres, rient trop fort à des blagues pas terribles, évacuent la pression de la semaine écoulée. L’assistance est euphorique, mais sans excès. Le sol est intact, pas une goutte de pinte renversée, tous tiennent debout sans appui. Le lendemain, le réveil est une formalité. Tête légère, estomac en place, le corps est prêt à remettre ça, et l’âme n’est pas en peine. Elle était franchement réussie cette soirée à tourner à l’ « alcosynth ».

Ce scénario, c’est celui que nous promet un Anglais, professeur de neuropsychopharmacologie à l’Imperial College de Londres. David Nutt, 66 ans, travaille depuis dix ans à la concoction d’une alternative à l’alcool qui pourrait annuler ses conséquences sur la santé, de l’anecdotique gueule de bois aux comas éthyliques en passant par les ravages de l’alcoolisme, et ce sans renoncer à la sensation d’ivresse. Après avoir breveté plus de 90 composants chimiques, Nutt assure avoir trouvé le produit miracle : « L’alcosynth vous relaxe, vous rend plus calme mais aussi plus sociable », décrit-il depuis une rame de métro du centre de Londres, les oreillettes branchées sur Skype.

Un mort toutes les dix secondes

En Angleterre, David Nutt est connu pour avoir été conseiller du gouvernement sur les drogues avant d’être remercié, en 2009, car il avait affirmé que le cannabis et le LSD étaient moins dangereux que l’alcool ou la cigarette (et que l’ecstasy « n’était pas plus dangereuse que de monter à cheval »). « Si l’alcool avait été inventé aujourd’hui, il n’aurait jamais été autorisé, lance-t-il avec la fougue qui le caractérise. L’alcool est la première cause d’hospitalisation. Allez aux urgences de n’importe quel hôpital un jeudi, un vendredi ou un samedi soir : huit personnes sur dix sont complètement saoules. C’est un problème majeur de santé publique. »

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’alcool tue dans le monde une personne toutes les 10 secondes. Avec 3,3 millions de décès en 2012 (contre 2,5 millions en 2005), soit un décès sur vingt, l’alcool tue davantage que le sida, la tuberculose et la violence réunis, tout en étant lié à plus de 200 maladies (cardiovasculaires, infections, cancers, etc.). En France, il tue près de 50 000 personnes par an et c’est la deuxième cause de cancer après le tabac. « L’alcool est à la source de violences familiales et conjugales, de violences sur la voie publique, de “binge drinking”, d’une part importante des affections mentales, des suicides et de la mortalité accidentelle et routière », ajoutent neuf médecins dans une tribune publiée dans Le Figaro le 5 mars 2018 et réclamant « un plan national alcool ».

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