Bonbonnes de protoxyde d'azote abandonnées dans les rues, implication dans les faits divers… La substance, facile d'accès, se fait de plus en plus visible. Comment prémunir les adolescents et jeunes adultes contre ces conduites addictives ? La question interroge notre rapport à nos jeunes proches.
C’est un produit qui est devenu de plus en plus visible au cours des dernières années. D’abord par ses petites bouteilles grises, achetées dans les supermarchés au rayon confiserie, puis par ses grosses bonbonnes jaunes et noires ou roses et noires. Et enfin dans les faits divers, à la rubrique des accidents de la route. Le protoxyde d’azote a le vent en poupe.
« On en entend parler depuis les années 2000, mais on constate une augmentation croissante de ses usages », confirme la Dr Julie Giustiani, professeure en addictologie au CHU de Besançon. « On voit de plus en plus d’hospitalisations liées au protoxyde d’azote », ajoute la responsable du service addictologie de l’hôpital.
Selon l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), le nombre de cas graves d’addictovigilances lié au « proto » a été multiplié par 3,8 entre 2020 et 2023.
Un euphorisant aux effets brefs
Ce gaz est initialement utilisé en médecine pour ses propriétés analgésiques. En cuisine, il est commercialisé dans des petites cartouches pour siphon à chantilly. Inhalé, il procure euphorie, hilarité et désinhibition pendant quelques minutes. Il est souvent consommé en « ballon » : la cartouche est vidée dans un ballon de baudruche, duquel les consommateurs puisent par petites quantités.
« Ça peut remplacer le poppers, qu’on voyait beaucoup dans les dernières années », estime Marie Lemercier, chargée de prévention à l’Association Addictions France. L’étude ESCAPAD sur l’usage des drogues chez les jeunes estime qu’en 2022, 11 % des jeunes de 17 ans avaient déjà essayé le poppers, et 2,3 % le protoxyde d’azote. Mais la même année, 5,5 % des élèves de 3e auraient déclaré avoir déjà consommé du protoxyde d’azote, et même 7,3 % chez les garçons.
« Les usages peuvent changer rapidement », note la Dr Julie Giustiani. « Il y a l’attrait de la nouveauté », confirme Marie Lemercie. « Et ça reste facile d’accès sur internet », ajoute Fanny Mouchotte, elle aussi chargée de prévention à l’Association Addictions France, « ils déclinent des parfums, des arômes ».
Du fait de ses usages industriels, le protoxyde d’azote n’est pas classé comme un stupéfiant. Depuis 2021, il est interdit d’en vendre ou d’en offrir à un mineur, mais des sites internet étrangers contournent ces textes. On peut s’y procurer pour quelques dizaines d’euros des bonbonnes, qui permettent de confectionner jusqu’à 80 ballons, ou même, pour plus de 200 euros, des « tanks » qui contiennent 1 000 à 2 000 ballons.