Dans une tribune publiée le 21 février dernier, les maires des plus grandes villes de France alertent, à juste titre sur l’urgence à apporter des réponses à la « crise sanitaire et sociale » que représentent les addictions pour la cohésion sociale. On ne peut que se féliciter que ces grands élus se manifestent d’une manière transpartisane pour lequel les acteurs de la santé et de l’addictologie se mobilisent depuis des années et souvent dans le désert.
Le constat dressé est cruel pour les responsables politiques de tous bords et cette interpellation publique et solennelle au moment d’une échéance électorale devrait conduire à une mobilisation à la hauteur des défis à relever.
Il est bienvenu que les maires n’éludent aucune des dimensions de ce sujet de société que ce soit le poids de l’alcool sur la santé et le système sanitaire (250 000 hospitalisations annuelles), la consommation de masse du cannabis, la banalisation des produits en contexte festif, la présence croissante de la cocaïne sous la pression de réseaux criminels, mais aussi la stigmatisation des personnes souffrantes et leur désinsertion, sinon leur abandon.
Nous ne pouvons qu’acquiescer à cette volonté de recherche de solutions collectives qui se substitueraient enfin aux déclarations aussi solennelles qu’improductives (la guerre à la drogue qui dure depuis plus de cinquante ans), à la désignation à la vindicte populaire (les consommateurs qui auraient du « sang sur les mains » ) et aux solutions simplistes.
Des édiles limités sur le discours pédagogique
Cependant, il est curieux sinon contradictoire que cet appel à la mobilisation sociétale se conclue abruptement par « l’Etat doit prendre ses responsabilités » comme si les maires eux-mêmes eux-mêmes se contentaient de sonner le tocsin et considéraient qu’ils n’ont pas de leviers pour agir.
Ce n’est pas le cas. Ils peuvent par exemple faire respecter l’interdiction de vente d’alcool et de tabac aux mineurs, diminuer la pression publicitaire pour l’alcool autour des écoles et collèges, mais aussi favoriser la réduction des risques dont ils soulignent légitimement l’importance. Pourtant, quand il s’agit de créer une structure d’accueil des personnes addict, les maires sont plus souvent enclins à écouter les craintes du voisinage qu’à faire ou relayer un discours pédagogique.
C’est aussi en raison de ces résistances locales que les Haltes Soins Addictions (HSA) ont tellement de mal à voir le jour alors qu’elles s’inscrivent de manière plus banale dans le système de santé de nos voisins européens et qu’elles font la preuve de leur efficacité.
Sur un sujet aussi complexe que les addictions, nous avons tous, citoyens, usagers, élus, juges, policiers, décideurs, acteurs de la santé et du social, etc. des analyses et des propositions face aux addictions qui s’imposent comme un sujet de débat qui ne peut plus être différé. Les nuisances pour les uns ne peuvent pas être opposées souffrances pour les autres. Les réflexions et l’action des acteurs de santé ne doit pas être vécue comme une complaisance envers les drogues, la sécurité publique ne doit pas être présentée comme antagoniste à la santé publique.
Le rôle principal de l’Etat doit être de créer les conditions d’un dialogue serein
Le nécessaire dialogue suppose l’acceptation de l’échange des différents points de vue, loin des postures, des coups de menton et des affirmations ex cathedra qui aborderait aussi bien les différents statuts juridiques des drogues que leurs conséquences, le poids des lobbys pour les drogues légales, les inégalités sociales etc.
Aujourd’hui, dans un contexte défavorable mais incontestable de dévalorisation de la parole publique, le rôle principal de l’Etat doit être de créer les conditions d’un dialogue serein. Le marasme politique n’est pas favorable aux prises de décision courageuses. C’est pourquoi, sur les grands sujets de société (environnement, fin de vie…), on a de plus en plus recours à des conventions citoyennes.
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