Alcool et cancers, une causalité avérée et pourtant sous-estimée !

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Classé cancérigène pour l’Homme depuis 1988 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’alcool est aujourd’hui la 2ᵉ cause évitable de mortalité par cancer en France. Chaque année, 28 000 nouveaux cas de cancers sont directement attribuables à l’alcool, et une étude estimait déjà en 2015 à 41 000, le nombre de décès évitables liés à l’alcool,…

Classé cancérigène pour l’Homme depuis 1988 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’alcool est aujourd’hui la 2ᵉ cause évitable de mortalité par cancer en France. Chaque année, 28 000 nouveaux cas de cancers sont directement attribuables à l’alcool, et une étude estimait déjà en 2015 à 41 000, le nombre de décès évitables liés à l’alcool, dont 30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes. Soit respectivement 11% et 4% de la mortalité des Français de 15 ans et plus. Impliqué dans au moins 8 types de cancers, avec en tête de liste le cancer du sein, l’alcool, ou plutôt l’éthanol, est une molécule hautement toxique pour l’organisme. Au-delà de ce lien de causalité encore trop souvent sous-estimé entre alcool et cancers, l’alcool est aussi impliqué dans plus de 200 maladies et reste l’une des toutes premières causes d’hospitalisation en France, avec environ 30% des passages aux urgences qui lui sont attribués. Alors, comment mieux comprendre ce qui se joue dans le corps dès le premier verre d’alcool car il n’existe pas de risque zéro et sur quels repères s’appuyer pour réduire les risques et limiter sa consommation, individuellement et collectivement ? Addict’AIDE consacre son focus de février à cette problématique de santé publique plusieurs fois abordée tout au long du mois sur sa page LinkedIn. L’occasion de croiser les regards éclairants du Pr des universités Mickaël Naassila, président de la Société Française d’Alcoologie et d’Addictologie, et de Line Reinhard, responsable de projets au sein du service prévention et promotion des dépistages de la Ligue contre le cancer, qui déploie, pour la seconde année consécutive, sa campagne de marketing social « Accords Essentiels » à destination des professionnels de la restauration.

L’éthanol, une molécule qui peut sembler banale en apparence, mais redoutable en profondeur !

« Exposé à l’alcool, l’organisme déclenche une cascade de réactions de défense, tout aussi toxiques, pouvant favoriser le développement de certains cancers. Pour se défendre, le corps transforme, effectivement l’éthanol en acétaldéhyde, une molécule également hautement toxique, elle-même dégradée par l’ALDH (aldéhydes déshydrogénases) », nous rappelle le Pr Mickaël Naassila. Concrètement, l’éthanol présent dans les boissons alcoolisées est métabolisé en composés toxiques qui endommagent notre ADN, nos protéines et nos cellules, ce qui explique pourquoi, même à très faible dose, l’alcool constitue un facteur de risque de cancers. L’éthanol, aussi nommé alcool éthylique, est un liquide incolore, miscible à l’eau, de formule chimique CH3‑CH2‑OH, présent dans toutes les boissons alcoolisées : vins, bières, cidres, eaux‑de‑vie, liqueurs… Ses effets toxiques sont avérés et l’organisme le considère comme un poison à éliminer. « L’être humain est naturellement équipé pour dégrader et éliminer l’éthanol et c’est pour ça que le foie est souvent particulièrement impacté », souligne le Pr Mickaël Naassila, précisant le rôle central de cet organe dans la détoxification de notre organisme. Ainsi, au cours de cette dégradation, une série de réactions tout aussi toxiques s’enchaîne. « En bref, dès lors que l’on ingère de l’alcool, le corps le dégrade en acétaldéhyde (par l’ADH), elle-même dégradée par l’aldéhyde déshydrogénase (l’ALDH) qui participe ainsi au catabolisme de l’éthanol dans les hépatocytes (cellules qui composent la grande majorité des cellules du foie) », rappelle le professeur. Ce catabolisme intensif dans les cellules du foie contribue à expliquer pourquoi cet organe est en première ligne, mais les dommages, eux, se diffusent bien au‑delà. « En France, plus d’un décès sur deux par maladie du foie est aujourd’hui lié à l’alcool, là où la cause virale dominait auparavant. » Pr. Naassila. Ce qu’il faut retenir c’est que ce lot de réactions chimiques dans l’organisme peut également être responsable de stress oxydatif, d’inflammation chronique, d’une baisse de l’immunité et même de l’efficacité de certains médicaments, de dérèglements hormonaux et d’autres effets mutagènes, conduisant aux cancers. Les études épidémiologiques et génétiques sont en effet très claires : si le cancer peut se développer pour d’autres raisons, les liens de causalité entre la consommation d’alcool et certains cancers sont avérés, l’alcool n’est en aucun cas un facteur anodin !

L’alcool impliqué dans au moins 8 types de cancers

« Avec plus de 8 000 cas par an, le cancer du sein est particulièrement préoccupant, on n’en parle pas suffisamment, notamment en oncologie : beaucoup de choses sont faites autour de la causalité cancer/tabac, mais assez peu finalement autour de celle alcool/cancer. Il y a un véritable trou dans la raquette ! » alerte le Pr Naassila lorsqu’il évoque le cancer du sein (15% des cancers du sein sont dus à l’alcool), qui arrive en tête de liste des cancers dans lesquels l’alcool est impliqué. Pour ce type de cancer, le risque augmente progressivement avec le nombre de verres consommés, mais il est déjà présent dès le premier verre, ce qui a contribué à faire évoluer, en 2017, les repères officiels de consommation à moindres risques : pas plus de 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, et pas tous les jours. « Mais aucun seuil ne protège totalement du risque de cancer. Si vous visez 0 risque de cancer, c’est 0 alcool ! » rappelle le scientifique. Parmi les autres types de cancers dans lesquels l’alcool est impliqué, on trouve les cancers colorectaux (+ de 6 600 cas par an), ceux de la bouche et du pharynx (+ de 5 600 cas), le cancer du foie (+ de 4 300 cas), de l’œsophage (+ de 1 800 cas) et enfin les cancers de l’estomac et du pancréas. Et l’institut National du cancer de repréciser avec insistance : « Souvent nié ou méconnu, le caractère cancérigène de l’alcool est pourtant clairement établi ».

Recommandations :  passer à l’action avec des repères, des gestes simples et des défis collectifs

On estime que 40% des cancers sont évitables, dont environ 8% sont directement liés à l’alcool. S’engager à réduire sa consommation, individuellement et collectivement, représente donc bel et bien un levier de prévention considérable, avec un impact direct sur la santé publique et la qualité de vie. L’INCa rappelle qu’en changeant nos comportements, près de la moitié des cancers pourraient être évités, un chiffre qui donne la mesure du pouvoir de nos choix quotidiens. Outre les recommandations officielles qui aident à poser un cadre aidant, quelques bons réflexes peuvent aussi soutenir une démarche de réduction, voire d’arrêt de consommation d’alcool : quelle que soit l’occasion, toujours avoir un verre d’eau à côté de son verre d’alcool et alterner les gorgées, proposer systématiquement une « boisson sans alcool de qualité » à la maison – entre amis ou lors d’événements professionnels -, planifier dans son agenda plusieurs jours sans alcool chaque semaine. Des micro‑choix, répétés, qui contribuent à redessiner notre relation à l’alcool et à rendre socialement acceptable – voire désirable – les boissons sans alcool.

« Accords Essentiels » : proposer une offre gastronomique sans alcool en s’appuyant sur des chefs étoilés convaincus

Si la consommation d’alcool reste élevée dans notre pays, avec 22 % des Français adultes qui ne respectent pas les repères de consommation à moindre risque, les usages évoluent, notamment chez les jeunes, avec une consommation en baisse et une forte attente d’alternatives de qualité. « L’évolution des usages, avec une consommation d’alcool qui diminue d’année en année, en particulier chez les nouvelles générations incite les producteurs à adapter leurs offres à la demande, notamment à travers le développement de boissons sans alcool. Cette transition est d’ores et déjà observable dans le monde du vin, avec l’émergence de vins désalcoolisés ou sans alcool », nous souligne Line Reinhard, responsable prévention des addictions à la Ligue Contre le Cancer. C’est dans ce contexte que la Ligue a renouvelé en 2026, pour la seconde année consécutive, sa campagne de marketing social « Accords Essentiels », qui met en lumière les boissons sans alcool dans la restauration. « Nous souhaitons faire prendre conscience aux professionnels de la gastronomie que proposer un choix ‘sans alcool’ peut répondre à une nécessité pour les personnes vulnérables ne pouvant consommer de l’alcool (patients sous traitement contre le cancer, ou médicamenteux, femmes enceintes…), mais aussi à une volonté de consommation différente pour d’autres » précise Line Reinhard. Aujourd’hui encore, l’offre « sans alcool » dans la restauration reste trop limitée : eau, sodas, jus de fruits souvent très sucrés, mais pas assez de propositions qualitatives et variées, capables de rivaliser avec la carte des vins ou des cocktails. Déjà déployée par 28 comités départementaux engagés et mobilisés auprès des restaurateurs de leurs territoires, « Accords essentiels » vise à dénormaliser la consommation d’alcool, normaliser la présence de boissons sans alcool de qualité en proposant une offre gastronomique sans alcool qui s’appuie sur des chefs étoilés convaincus. Et ce, en démocratisant “les plaisirs sans alcool au restaurant” et en incitant les professionnels (restaurateurs étoilés ou non) à proposer une offre gastronomique sans alcool. Une action qui monte en visibilité et rayonnement grâce notamment au soutien de chefs étoilés convaincus : « En 2025, 9 chefs étoilés et Top Chefs ont participé à cette campagne : Alexandre Mazzia (chef étoilé) ; Christophe Hay (chef étoilé – soutien des 2 éditions) ; Simon Auscher (chef privé) ; Albane Auvray (Top Chef) ; Charlie Anne (Top Chef) ; Cédric Ravel (soutien des 2 éditions) ; Perle Chesnel (directrice du restaurant étoilé Sola – soutien des 2 éditions) avec le chef Kosuke Nabeta », complète Line Reinhard. Si la campagne se déploie majoritairement en janvier, dans le cadre du Défi de janvier, la Ligue contre le cancer le rappelle : « La consommation d’alcool n’est pas une question à se poser uniquement durant le mois de janvier. Notre campagne se poursuit tout au long de l’année ». Et l’enjeu n’est jamais de stigmatiser ou culpabiliser. Comme le précise Line Reinhard : « L’objectif est d’inciter à la pédagogie, à la transmission directe, à travers les échanges entre les professionnels de la restauration et leurs clients, afin de préserver le plaisir d’aller au restaurant tout en ouvrant les consciences et en offrant le choix d’un sans alcool de qualité ». Cette campagne comprend également un temps de sensibilisation dédié (1 h à une 1/2 journée) sur les risques « alcool-cancers » à destination des professionnels de la restauration, afin de rappeler que la consommation d’alcool n’est jamais anodine, et ce dès le premier verre. « Les professionnels ont souvent une connaissance riche en termes  ‘d’accords alcools-plats’, mais ils ne prennent pas toujours la mesure des risques liés entre alcool et cancers » constate Line Reinhard. Majoritairement, les retours des restaurateurs sont positifs, même si certaines réticences demeurent selon les territoires, comme notamment les plus ancrés dans une culture vitivinicole, signe qu’un changement culturel profond est en cours, mais encore inachevé.

Le Défi de janvier, un rendez-vous récurrent de santé publique sur le risque alcool

Au-delà des gestes individuels, la campagne du Défi de janvier, une initiative collective, est devenues un véritable rendez-vous de santé publique. Ludique et participatif, ce défi propose de faire une pause avec l’alcool pendant un mois en misant sur l’effet de groupe et sur l’engagement public. En janvier 2026, pour la 7ᵉ année consécutive, il a invité les Français à se questionner sur leur rapport à l’alcool et à expérimenter d’autres formes de convivialité. Les participants décrivent pour la plupart une amélioration du bien‑être psychologique, du sommeil, et une meilleure maîtrise de leur consommation d’alcool sur le long terme, bien au‑delà du seul mois de janvier.

La prévention est possible aussi en milieu professionnel

La prévention en milieu professionnel est assurément un enjeu majeur de santé, de sécurité et de performance durable. Les organisations pourraient notamment intégrer dans leurs actions de sensibilisation les repères de consommation et les risques liés à l’alcool, mais aussi relayer et coanimer le Défi de janvier avec leurs équipes, ou encore former encadrants et RH à repérer les situations à risque et orienter vers les ressources adaptées.

En Bref, ce qu’il faut retenir

Sur LinkedIn comme dans la vraie vie, la question n’est plus de savoir si l’alcool est un cancérigène avéré, cela ne fait plus débat ! Il s’agit plutôt de s’interroger sur la manière dont nous choisissons, individuellement et collectivement, de réduire la place occupée par l’alcool lors des moments de convivialité que nous partageons en famille/entre amis, mais aussi au cours de nos rites professionnels. En rendant visibles des alternatives de qualité, en valorisant les engagements des acteurs de terrain et en ouvrant des espaces de dialogue sans jugement, sans stigmatisation, individus, employeurs, restaurateurs, peuvent devenir des acteurs conscients et engagés dans la prévention sur le risque alcool.

Quelques ressources additionnelles

Paille F, Reynaud M. L’alcool, une des toutes premières causes d’hospitalisation en France. Bull Epidémiol Hebd. 2015;(24-25):440-9. http://www.invs.sante.fr/beh/2015/24-25/2015_24-25_1.html   Muriel Gutierrez Amande épicée

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