Boire de l’alcool devant ses enfants à l’apéro banalise-t-il la consommation d’alcool ?

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Occasion festive par excellence, l’apéritif est aussi souvent, pour les enfants, le moment où ils voient leurs parents un verre à la main. Au point de banaliser cette boisson tout sauf anodine ? Témoignages et éclairage.

L’été dernier, à la plage avec mes enfants, j’ai découvert la méthode ultime pour leur faire quitter l’eau et abandonner leur château de sable en construction sans heurts ni cris. Les prévenir : « Dépêchez-vous, sinon on n’aura pas le temps de prendre l’apéro ». L’effet était immédiat : en cinq minutes, les serviettes étaient repliées, les seaux ramassés, et tout ce petit monde en route gaiement vers la location de vacances. Il faut dire que mes enfants, comme beaucoup d’autres, ont une passion pour l’apéro. Et je les comprends. Le temps d’une soirée, les biscuits apéritifs et le houmous remplacent un vrai dîner, le sirop de grenadine détrône l’eau et nous, adultes, sommes bien plus détendus. Car nous aussi avons droit à notre petit plaisir : un verre de rosé ou une bière artisanale, que nous dégustons entre amis ou en famille.

Je suis loin d’être la seule à apprécier ce moment où les règles parentales se relâchent à mesure que le verre d’alcool se vide. Julie, qui vit en banlieue parisienne, chérit elle aussi les apéros organisés au débotté avec les parents de la bande de copines de sa fille. « On vient tous avec nos mômes, on fait notre vie et eux la leur. Ils ont droit à un jus de fruits et à des chips, pendant qu’on boit un verre de vin. Ils kiffent et nous aussi », résume-t-elle.

Une découverte précoce de l’alcool

Mais derrière cette scène enjouée, se cache une question plus inconfortable : qu’apprennent les enfants du rapport à l’alcool quand celui-ci accompagne presque systématiquement les moments de détente ou de convivialité de leurs parents ? À force de voir les adultes trinquer pour décompresser, s’amuser ou célébrer, l’alcool ne devient-il pas, à leurs yeux, un ingrédient indispensable au plaisir ?

Julie reconnaît que la question la travaille parfois. « J’ai bien conscience qu’en nous voyant boire dans un contexte festif ou pour nous détendre après une journée de travail, on banalise forcément un peu l’alcool, admet-elle. Mais je n’y ai jamais vraiment vu le mal. Chez mes parents, c’était pareil, c’est très culturel. Et puis, dans ma tête, ça reste associé à des moments joyeux, pas à quelque chose de dangereux. »

« On oublie trop souvent que dans notre pays de culture vinicole, c’est en famille que les enfants apprennent l’existence de l’alcool et de sa consommation, en regardant les habitudes – diverses et variées – de leurs parents », confirme auprès du HuffPost Ludovic Gaussot, professeur de sociologie à l’Université de Poitiers, dont les travaux portent sur la régulation sociale et familiale de l’usage des produits psychotropes au prisme du genre.

Et cette familiarisation avec l’alcool commence dès le plus jeune âge. En 2017, une étude menée par l’Institut britannique des études sur l’alcool (IAS) a montré qu’à deux ans et demi, de nombreux enfants étaient capables d’identifier l’odeur de l’alcool tandis qu’à l’école primaire, ils ont intégré une grande partie des règles implicites autour de sa consommation : dans quelles circonstances on boit et avec qui.

En savoir plus : www.huffingtonpost.fr.

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