Dépression résistante : le nombre de malades augmente, une réponse nationale est nécessaire

Des traitements existent pour les patients atteints de cette forme très sévère de dépression. Encore faut-il qu'ils puissent y accéder.

En 2025, la santé mentale a trouvé sa place dans le débat public. Grâce à la grande cause nationale, la France a reconnu qu’il n’existe pas de santé sans santé mentale. Cet élan collectif a permis d’informer, de déstigmatiser et de renforcer la prévention, en plaçant la santé mentale au cœur des parcours de soins. La reconduction de la grande cause nationale Santé mentale en 2026 est une opportunité majeure pour transformer cet élan en action durable. Car la dépression résistante, cette forme sévère du trouble qui persiste malgré au moins deux traitements antidépresseurs bien conduits, révèle à quel point il est urgent de bâtir une réponse nationale fondée sur la continuité des soins, la coordination des acteurs et un accès équitable aux solutions thérapeutiques.

Une urgence de santé publique encore ignorée

Une personne sur cinq connaîtra un épisode dépressif au cours de sa vie. Dans 15 à 30 % des cas (Haute Autorité de Santé, 2023), les traitements de première intention ne permettent pas une rémission durable : on parle alors de dépression résistante. Ces patients vivent avec des symptômes persistants, un risque suicidaire multiplié par dix et une désinsertion sociale souvent irréversible. Leur espérance de vie est réduite non seulement à cause du risque suicidaire, mais aussi de la surmortalité somatique (cardiovasculaire, métabolique, cancéreuse etc). Les addictions, présentes chez près d’un patient dépressif sur trois, forment un cercle aggravant : elles nourrissent la souffrance, amplifient le risque suicidaire et rendent le rétablissement plus difficile.

Et pourtant, malgré un coût humain et économique évalué à plus de 14 milliards d’euros par an (d’après l’OCDE), la dépression résistante ne fait l’objet d’aucune stratégie nationale dédiée. Elle illustre la difficulté de notre système de soins à reconnaître et à traiter les formes complexes de troubles mentaux, au croisement du psychique, du somatique et du social.

Aujourd’hui, la majorité des personnes concernées est suivie en médecine de ville, sans orientation claire vers des structures spécialisées. Le repérage est tardif tandis que la coordination entre généralistes, psychiatres, services hospitaliers et dispositifs d’urgence repose encore trop souvent sur la bonne volonté des professionnels et des proches. Chaque suicide, chaque hospitalisation évitable traduit un échec collectif de repérage, de continuité et d’accès aux soins adaptés. En savoir plus : www.lexpress.fr.