Depuis l’âge de 16 ans,
Jade* prend des
anxiolytiques pour calmer ses crises d’angoisse. Une fois par jour quand ça va bien et deux à trois fois quand ça ne va pas. «
C’est devenu une béquille. Elle est devenue tellement utile que c’est compliqué de s’en défaire. »
Une sensation de «
calme interne »,
qu’elle retrouve aussi dans l’alcool. Comme beaucoup, elle commence à boire au lycée, lors des premières soirées.
« C’était un moyen de socialiser, ça m’a permis de me sentir à l’aise. J’ai associé la consommation d’alcool à la liberté sociale, à la confiance, au côté festif. »
Point de bascule
Mais avec le temps,
les verres ne servent plus seulement à faire la fête. En entrant dans la vie adulte, ses angoisses prennent davantage de place. Désormais, elle boit surtout pour
« atténuer ce brouhaha interne ». Elle peut passer plusieurs semaines sans boire, mais dès qu’elle prend un verre en soirée,
impossible de s’arrêter. Au travail, elle multiplie
les retards et les absences, ce qui lui vaudra
un avertissement de sa direction.
Puis il y a cette fois, où une collègue
lui demande si elle a un problème d’alcool, après l’avoir vue enchaîner les verres lors d’une soirée entre salarié(e)s. Avant que l’alcool ne devienne une source d’inquiétude,
Jade raconte avoir « tout testé ». Un soir, après avoir consommé de l’ecstasy et enchaîné plusieurs traces de cocaïne, son corps lâche. Son cœur s’emballe, sa vision se brouille,
elle est persuadée qu’elle va mourir. Ses amis veulent appeler le Samu, mais elle refuse.
« Je me suis dit : c’est hors de question qu’on vienne me chercher dans ce contexte-là. »
Expérimentation ou addiction ?
Margot, 22 ans, étudiante en master de psychologie, consomme occasionnellement
de la MDMA et uniquement en soirée techno. Elle ne se reconnaît pas dans l’image
d’une personne dépendante. Sa première expérience a lieu lors d’une rave-party à Nouvel An, avec des ami(e)s qui connaissaient déjà la substance. «
J’étais bien entourée, j’avais des explications, un cadre qui a permis que ça se passe bien. »
Pour elle, c’est quand la consommation
devient un besoin et empiète sur sa vie et ses relations qu’il faut commencer à s’interroger. Une réalité à laquelle elle a été confrontée de près, notamment à travers sa sœur, devenue dépendante après avoir touché très tôt à la drogue, en milieu techno.
« Elle avait besoin de sa dose en soirée. Le lundi ou le mardi, elle venait chez moi en descente, elle n’avait pas dormi depuis des jours. » Après plusieurs hospitalisations et un suivi psychologique, la sœur de Margot est maintenant sobre depuis plusieurs mois. «
La ligne est faible en fait, il y a toujours cette peur de rebasculer un jour. »
Chez les moins de 25 ans,
la majorité des consommateurs/rices sont des expérimentateurs/rices, tient à préciser
Hélène Beaucolin, coordinatrice du dispositif Étudiant(e)s relais addicto. Seul(e)s 8 à 10 % basculent dans l’addiction. Pour autant, certains facteurs peuvent augmenter la vulnérabilité :
la consommation précoce, la précarité, le binge drinking ou les violences vécues. «
Il n’y a pas de déterminisme dans la consommation, mais des contextes où tu es plus vulnérable. »
Sur le spectre des drogues, toutes ne sont pas perçues de la même manière. Pour la coordinatrice,
cette hiérarchie est trompeuse. «
Si je consomme très régulièrement de l’alcool et que j’ai un regard jugeant sur les personnes qui sniffent, peut-être qu’il faut que je me questionne. C’est surtout une question de morale. Les pires produits, en réalité, ce sont ceux dont on ne parle pas, parce qu’on trouve ça normal. »
*Les prénoms ont été modifiés.
En savoir plus :
www.pokaa.fr.