Introduction :
L’Institut national du cancer (INCa) a sélectionné le projet IMPULSION, coordonné par les Prs Marie-Pierre Revel (AP-HP) et Sébastien Couraud (HCL), pour piloter un programme national de dépistage du cancer du poumon. Dès 2026, ce programme visera à inclure 20 000 fumeurs et ex-fumeurs âgés de 50 à 74 ans, combinant un scanner thoracique à faible dose avec un accompagnement au sevrage tabagique.
Fruit d’un consortium, ce programme pilote illustre l’engagement des professionnels et des établissements de santé en faveur de la lutte contre les cancers. Il s’inscrit dans les mesures de la stratégie décennale et complète les actions spécifiquement menées par l’Institut contre les cancers de mauvais pronostic. Avec 53 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année et 30 400 décès, les cancers du poumon sont en effet les plus meurtriers en France.
En complément du dépistage, le projet IMPULSION prévoit un accompagnement au sevrage tabagique qui sera systématiquement proposé aux participants pour favoriser une approche intégrée de prévention. Ces dispositifs d’accompagnement incluront des consultations spécialisées avec des professionnels de santé, des programmes de soutien personnalisés incluant un accès à des outils d’aide à l’arrêt du tabac, tels que les substituts nicotiniques.
Pour mener à bien cette recherche, le projet IMPULSION nécessite l’inclusion de 20 000 participants. Il s’adresse aux personnes de 50 à 74 ans, fumeurs et ex-fumeurs sevrés depuis moins de 15 ans avec une consommation tabagique cumulée d’au moins 20 paquets/années2. Le projet repose sur la lecture d’un scanner thoracique à faible dose. Les participants – dont le sur risque est universellement reconnu – seront appelés à réaliser deux scanners à un an d’intervalle puis tous les deux ans.
Lors du dernier
congrès de la Société Francophone de Tabacologie qui s’est tenu à Caen en novembre 2025, une session présidée par le Pr Sébastien Couraud était consacrée à cette thématique (session 9, commune avec la Société de Pneumologie de Langue Française).
Le dépistage du cancer du poumon par tomodensitométrie à faible dose (TDM-LD) chez les fumeurs peut réduire la mortalité liée à ce cancer.
Les effets potentiels sur la qualité de vie liée à la santé (QVLS) et les pertes potentielles sont importants à évaluer dans les essais de dépistage du cancer
1.
Des données probantes modérées indiquent que, comparativement à l’absence de dépistage, les personnes ayant bénéficié d’un dépistage par TDM à faible dose ne présentent pas de détérioration générale de leur QVLS ni de détresse accrue sur une période de suivi de deux ans, et l’anxiété peut même être réduite. Toutefois, les conséquences pourraient varier selon les résultats du dépistage, du moins à court terme
2,3,4. Les effets psychologiques négatifs observés ont diminué avec le temps, et aucun effet négatif à long terme sur la QVLS n’a été constaté
5,6..
En Finlande, l’équipe d’Antti Kurtti et Sanna Iivanainen de l’Université d’Oulu
7 a précédemment démontré qu’une application mobile innovante pouvait augmenter les chances d’arrêt du tabac lors du dépistage du cancer du poumon. Les effets du dépistage du cancer du poumon, du sevrage tabagique et de l’utilisation d’applications mobiles sur la qualité de vie liée à la santé (QVLS) sont encore mal connus.
Objectifs de l’étude
Cette étude vise à examiner l’effet du dépistage du cancer du poumon, du sevrage tabagique et de l’utilisation d’une application mobile de sevrage tabagique sur la QVLS, critère d’évaluation exploratoire de l’étude finlandaise de dépistage du cancer du poumon par tomodensitométrie à faible dose combinée à différentes méthodes de sevrage tabagique (TDM-LD-FI).
Méthodologie
Cette étude a été menée dans le cadre de l’essai LDCT-SC-FI (NCT05630950), un essai contrôlé randomisé évaluant différentes méthodes de sevrage tabagique chez des participants bénéficiant d’un dépistage du cancer du poumon par tomodensitométrie à faible dose (TDM-LD).
Les principaux critères d’inclusion étaient : un âge compris entre 50 et 74 ans, des antécédents de tabagisme importants (consommation d’au moins 15 cigarettes par jour pendant au moins 25 ans ou d’au moins 10 cigarettes par jour pendant au moins 30 ans), un tabagisme actif et la possession d’un smartphone. Le recrutement a été effectué par le biais d’annonces dans la presse et sur Internet, ainsi que par la communication avec les services de santé concernés dans les districts hospitaliers.
Les participants à l’étude (n = 200), tous suivis au CHU d’Oulu, ont été randomisés selon un ratio 1:1 pour recevoir soit une TDM-LD annuelle associée à un programme standard de sevrage tabagique (documentation écrite), soit un programme de sevrage tabagique via une application mobile dédiée. La qualité de vie liée à la santé (QVLS), un critère d’évaluation exploratoire de l’étude, a été évaluée au départ et à 1 an avec le questionnaire de qualité de vie Core 30 (QLQ-C30) et l’EQ-5D.
Résultats
Au total, 199 et 186 participants ont rempli les deux questionnaires, respectivement à l’inclusion et à 1 an. Aucune modification de la qualité de vie liée à la santé (QVLS) n’a été observée entre les deux temps de mesure, que ce soit à l’aide du score global de santé QLQ-C30 ou de l’indice EQ-5D.
L’arrêt du tabac à 1 an n’a eu aucun impact sur le score global de santé QLQ-C30 ni sur l’indice EQ-5D. Une amélioration des scores de qualité de vie (EQ-5D) a été constatée à 1 an (groupe contrôle : moyenne 0,720, écart-type 0,197 ; groupe application : moyenne 0,799, écart-type 0,197 ; amélioration chez 17/93 (18 %) du groupe contrôle contre 29/93 (31 %) du groupe application), alors qu’aucune différence significative n’a été observée entre les moyennes à l’inclusion.
Le groupe utilisant l’application pour smartphone a rapporté une réduction de la douleur (taille de l’effet [TE] EQ-5D : 0,049, IC à 95 % : 0,006-0,12 ; p = 0,01 ; TE ajustée : 0,026 ; p = 0,007 ; TE QLQ-C30 : 0,076, IC à 95 % : 0,02-0,16 ; p = 0,007).
Conclusions
Il s’agit de la première étude évaluant une application mobile d’aide à l’arrêt du tabac dans le cadre du dépistage du cancer du poumon.
L’utilisation de l’application développée a été corrélée à une amélioration de la qualité de vie liée à la santé, principalement par une diminution de la douleur et de la fatigue.
En conclusion, l’application étudiée constitue une intervention d’aide à l’arrêt du tabac faisable et efficace, facilement applicable aux programmes de dépistage du cancer du poumon à l’échelle de la population, et présentant des bénéfices pour la santé allant au-delà de l’arrêt du tabac.
Références bibliographiques
1 Ratushnyak S, Hoogendoorn M, van Baal PHM. Cost-effectiveness of cancer screening: health and costs in life years gained.
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2 Bonney A, Malouf R, Marchal C, et al. Impact of low-dose computed tomography (LDCT) screening on lung cancer-related mortality.
Cochrane Database Syst Rev. Aug 3, 2022;8(8):CD013829.
3 Gareen IF, Duan F, Greco EM, et al. Impact of lung cancer screening results on participant health-related quality of life and state anxiety in the National Lung Screening Trial
. Cancer. Nov 1, 2014;120(21):3401-3409.
4 Jonas DE, Reuland DS, Reddy SM, et al. Screening for lung cancer with low-dose computed tomography: updated evidence report and systematic review for the US Preventive Services Task Force.
JAMA. Mar 9, 2021;325(10):971-987.
5 van den Bergh KAM, Essink-Bot ML, Borsboom G, Scholten ET, van Klaveren RJ, de Koning HJ. Long-term effects of lung cancer computed tomography screening on health-related quality of life: the NELSON trial.
Eur Respir J. Jul 2011;38(1):154-161.
6 Wu GX, Raz DJ, Brown L, Sun V. Psychological burden associated with lung cancer screening: a systematic review.
Clin Lung Cancer. Sep 2016;17(5):315-324.
7 Iivanainen S, Kurtti A, Wichmann V, et al. Smartphone application versus written material for smoking reduction and cessation in individuals undergoing low-dose computed tomography (LDCT) screening for lung cancer: a phase II open-label randomised controlled trial.
Lancet Reg Health Eur. Jul 2024;42:100946.
Dr Philippe Arvers (1,2,3)
1 – Observatoire Territorial des Conduites à Risques de l’Adolescent (MSH-UGA)
2 – 7ème Centre Médical des Armées (76
ème Antenne médicale de Varces)
3 – Institut Rhône Alpes Auvergne de Tabacologie (Lyon)
En savoir plus :
www.jmir.org.