Et puis ils sont allés danser, un roman de Yacha Kurys

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Autres drogues

Editions Gallimard, janvier 2026.

Léo a souvent cette sensation de ne pas exister, de ne pas être là, comme si tout avait été fait pour qu’il disparaisse. A dix-sept ans, ce fils unique d’un avocat parisien renommé s’est fait renvoyer de son lycée privé avant les vacances d’été et par la même occasion de chez sa mère chez qui il vivait mais qui « ne le supportait plus ». Il vit désormais dans le Paris chic de la rive gauche chez son père, qui lui a trouvé une place in extremis dans un nouveau lycée pour la rentrée de septembre. En déroute affective, Léo sèche régulièrement les cours et occupe ses journées et soirées comme bon lui semble, à savoir oisivement. Sa rencontre avec Jim, un adolescent en marge qui deale dans les soirées bourgeoises des milieux privilégiés, sera décisive. Jim n’est pas du même monde que Léo, et pourtant on peut dire qu’ils se sont trouvés tous les deux, et semblent désormais inséparables… Les états psychoactifs dans lesquels les plongent alcool, cannabis, cocaïne, ou MDMA ne ressemblent pas vraiment aux paradis artificiels que l’imaginaire collectif nous renvoie. Ici, les usages ne sont qu’un passe-temps au service d’un oubli de soi et d’une déréalisation qui permettent de se mettre à distance des réalités de la vie mais rester vivant, aussi contradictoire que cela puisse paraître. Léo semble sous l’emprise de Jim qui trouve chez son alter ego un appui de taille pour libérer une colère intérieure à laquelle ses traumatismes d’enfant ne sont pas étrangers… Le mode de vie des deux adolescents, leur compagnonnage et les humiliations qu’ils subissent à l’occasion vont les rapprocher mais aussi les isoler, notamment Léo, de leur entourage proche. L’adolescent n’a de commun avec un enfant gâté que le montant élevé de son argent de poche, mais sûrement pas l’affection et la reconnaissance. Si les usages quotidiens de substances jalonnent le parcours de Léo et Jim depuis quelques temps déjà, ce n’est sûrement pas un hasard. Quant à savoir de l’œuf ou de la poule… Attention de ne pas tirer de conclusions hâtives, celles portées par les prohibitionnistes les plus virulents qui associent, sans profondeur de champ, usages et violence. Dans le parcours des deux amis, les consommations accompagnent les émotions pour les réguler ou les apaiser, et non l’inverse. L’exacerbation des tensions qui traversent les deux jeunes hommes est consécutive aux maux dont ils sont victimes, qu’ils en portent la responsabilité ou non. Rien ne peut excuser la violence du crime qui sera commis au final, un fait divers dont s’inspire le roman, mais tout peut l’expliquer… Thibault de Vivies, DopamineCity.fr

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