Depuis le 4 octobre 2024, Fred Lassagne, alias Terreur Graphique est sobre. Sa seconde sobriété car ce n’est pas la première fois qu’il essaie d’arrêter de boire. Après une première période de sobriété de 500 jours , il rechute. « L’addiction s’il vous plait! », sous-titrée « Confessions d’un alcoolique qui se soigne », est une plongée sans filtre, dans son combat contre l’alcool.
Un témoignage né sur Instagram
« C’est né dans l’alcool, c’est né dans l’addiction« , raconte l’artiste.
« C’est né d’une idée que j’ai eu quand j’étais encore en pleine possession de mes bouteilles, une série sur Instagram, » A boire ou j’tue le chien »,
une série prévue aux éditions Exemplaire, mais qui était plus dans la gestion de la fête et tout ça, la glorification du vin mais comme je suis un élève très studieux, j’ai dû abandonner parce que je n’étais pas capable d’aller au bout du truc. Je préférais continuer à faire la fête. Donc après, à un moment, ma vie est partie un peu vraiment en cacahuète. C’est difficile pour les proches, on se détruit, on on détruit l’entourage, mon ancienne compagne a supporté ça pendant 10 ans »
«
Et c’est là où j’ai touché le fond et tapé du pied pour remonter en appelant à l’aide le CSAPA, Centre de soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie. C’est à ce moment là que je me suis dit, pendant la thérapie, que j’allais reprendre le projet sous un autre angle, en me représentant en chien et en parlant de mon histoire, de ma famille, de mon rapport à l’alcool, de notre rapport à tous à l’alcool, et de sa place de l’alcool dans nos vies en faisant des blagues et des références, parce que sinon, ça n’allait pas le faire. »
Terreur graphique souligne la difficulté d’éviter cette addiction. «
Si vous parlez de France à quelqu’un, il va vous répondre Ah la France, le bordeaux, le vin rouge! »
«
En fait, l’alcool en France, c’est la norme. Culturellement, c’est ancré. C’est normal de boire, c’est culturel de boire, c’est sociétal de boire Partout on utilise l’alcool pour fêter des événements ou pleurer des gens » déplore Terreur Graphique, auteur de « l’Addition, s’il vous plait ! »
Il poursuit : «
Mais il y a surtout une norme sociétale, qui ne nous dit pas que l’alcool c’est une drogue. Et qui ne nous dit pas que l’alcool c’est dangereux. Parce que marquer l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, c’est bien mais à consommer avec modération il est marqué à consommer ! D’un côté, on dit attention, ce n’est pas bien, de l’autre on va vous soigner. »
Dans ma famille, l’alcoolique c’était mon père
Héritage familial, pression sociale, Terreur graphique explore toutes les dimensions de son addiction. Difficile de s’arrêter de boire quand l’alcool est très présent dans la culture française. «
Présent pour une naissance, une mort, un mariage. Pour tout, si je suis triste , je vais me donner du courage. Voilà, c’est l’imagerie de l’alcool, plus tout ce qui est culturel, donc les films, la musique. Il y a aussi l’héritage familial, parce que dans toutes les familles, il y a des gens qui boivent plus ou moins« .
« Dans ma famille, l’alcoolique c’était mon père et jamais j’e n’ai bu comme mon père. J’ai jamais caché de bouteille. J’ai pas passé non plus mes journées au bar. Donc, pour moi, je n’étais pas alcoolique, ça m’est jamais venu à l’esprit. Alors, j’ai bu beaucoup, oui. Je me disais, on boit bien, on fait bien la fête. La fête, c’est pas négatif, en fait. Et puis, après j’ai découvert le vin naturel donc là à boire mieux, entouré de gens qui buvaient comme ça, on n’avait pas de problème puisque on buvait des choses plus saines. »
Puis vient la prise de conscience.
« Je me suis dit, je suis alcoolique, quand je suis allé me faire soigner. C’est une décision que j’ai prise à ce moment là mais avant j’avais déjà réfléchi à ça puisque ma compagne de l’époque m’avait déjà soumis le numéro du CSAPA, mais j’ai appelé quand c’était vraiment trop tard »
Le CSAPA, une aide, un accompagnement
Fred Lassagne a été suivi par le Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) de Tours. «
C’est un endroit où on aide et accompagne les gens qui ont des problèmes d’addiction, que ce soit alcool, drogue, cigarette, bonbons, tout ! Parce dans l’addiction, il y a des choses plus dangereuses que d’autres, mais ça pourrit la vie tout le temps. C’est très différent des groupes de parole des Alcooliques Anonymes. Là on prend rendez vous comme chez le médecin en fait, on est reçu par quelqu’un et qui nous pose la question qui change tout, qui nous demande qu’est ce que vous voulez, qu’est ce que vous voulez faire? ‘Vous voulez arrêter de boire complètement? Vous voulez réduire? Vous voulez aller faire une cure en centre fermé? qu’est-ce que vous voulez? »
Terreur Graphique ,lui, a décidé d’arrêter complètement. un choix radical. «
Moi, je suis fait partie de cette communauté de buveurs qui, quand je bois un verre, j’en bois 10, 15, 20, 25, jusqu’au bout, sans m’arrêter. Ça ne paraissait pas possible de réduire. D’ailleurs, j’ai fait l’expérience lors d’une rechute en me disant c’est bon, au bout de 500 jours, je vais réduire là. Mais non, pas du tout. »
« L’Addiction s’il vous plait ! » est un travail au long cours, presque 4 ans entrecoupés de publication d’un livre avec Emmanuel Todd « Il était une fois la famille » et de ses BD hebdomadaires dans le journal Libération
«
Moi, j’ai une technique, je pense à un sujet, et puis je commence à dessiner tout de suite. Et puis, les choses se créent un peu toutes seules. Mais l’histoire se fait au fur et à mesure, comme si je vivais le truc. J’ai travaillé comme ça. Après, j’ai repris suivant les périodes, au cours de ma thérapie. Il fallait aussi que le dessin soit cohérent sur toute la longueur« , explique l’artiste.
Chien de la case
Dans sa BD, Terreur graphique fait le choix de se représenter sous des traits canins. « J
e m’étais pas mal dessiné sous ma propre apparence dans des séries précédentes. Et là, le sujet était vraiment personnel et il me fallait une distance avec tout ça, le chien donnait un petit côté léger. »
«
Je trouvais ça intéressant que les alcooliques soient des chiens , notamment moi mais tous les alcooliques sont des chiens dans la BD parce que quand vous croisez un alcoolique dans la rue en fait, vous ne le savez pas forcément, ce n’est pas marqué sur son visage. Donc, dans la BD, c’était plus facile de les montrer en chiens. »
En rose et bleu
Quant au choix des couleurs, la part du lion appartient au rose et au bleu. «
Je ne voulais pas pas qu’il y ait du noir parce que le sujet est déjà assez noir pour en rajouter et puis le bleu c’est un peu une couleur de bande dessinée c’est vraiment le bleu qu’on fait en crayonné c’est les tirages de couleurs au bleu c’est une jolie couleur Et puis le rose c’est mon éditeur qui m’a dit il faut une deuxième couleur donc comme j avais mis de l’eau dans mon vin ça fait du rose. »
Des trous noirs dus à l’alcool, des deuils, une vie de famille abimée parfois, Terreur Graphique ne s’épargne pas, en même temps il y a toujours de l’humour, des références aussi à la musique, à des artistes comme David Bowie, à des alcooliques célèbres. «
Je crois que je ne sais pas faire autrement. Déjà, tous mes albums sont truffés de références, et je tourne les choses en dérision à peu près systématiquement et puis c’est ma culture. Je ne donne pas non plus les clés de toutes les références. »
En savoir plus :
www.francebleu.fr.