Les visages multiples de l’addiction : du food craving au transfert d’addiction

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Autres addictions comportementales

Le food craving et le transfert d'addiction constituent des objets centraux dans l'étude et la prise en charge des troubles du comportement alimentaire (TCA). Le Dr Valentin Flaudias (Clermont-Ferrand) et le Pr Paul Brunault (Tours) sont revenus sur ces sujets lors du dernier congrès de l'Encéphale (1), mettant en lumière des enjeux cliniques encore sous-estimés.

Le food craving reste théoriquement instable, en raison notamment de l’absence de définition clinique consensuelle. Il est généralement décrit comme : « un état motivationnel intense, chargé d’affects, associé à un désir ou une impulsion forte de consommer un aliment spécifique ». Cette imprécision conceptuelle engendre des difficultés d’opérationnalisation en recherche, où les outils standardisés de mesure ne capturent pas toujours la complexité du phénomène. En conséquence, les résultats des études sont hétérogènes, rendant l’identification des mécanismes sous-jacents difficile et les stratégies cliniques peu spécifiques, parfois inefficaces, en raison d’un manque de ciblage précis. L’enjeu actuel est donc de préciser les dimensions du food craving. La recherche et la clinique s’orientent désormais vers : la distinction entre le food craving global et ses sous-dimensions spécifiques (affective, cognitive, automatique, interoceptive) ; le développement de modèles intégratifs pour clarifier le concept et ses mécanismes, relier les aspects subjectifs, cognitifs, émotionnels et neurobiologiques ; l’élaboration d’interventions plus ciblées et efficaces.

Transfert d’addiction : un phénomène clinique sous-estimé

Bien que le transfert d’addiction (ou substitution d’addiction) soit un concept bien connu en clinique, les preuves empiriques restent limitées. Ce phénomène, qui conduit certains patients traités pour une addiction (comme le food craving) à développer d’autres addictions (tabac, alcool, drogues, etc.) a pour facteurs de risque identifiés le genre masculin, un âge plus jeune, une sévérité accrue de l’usage de substances, et la présence de troubles psychiatriques. Dans les TCA, ce phénomène concernerait 1 patient sur 7 de manière ponctuelle, et 20 à 40 % sur la vie entière, tandis que 20 % développeront un trouble de l’usage d’alcool sur la vie entière. L’inverse est également observé selon Pr Paul Brunault (Tours), notamment vers l’hyperphagie boulimique et les compulsions alimentaires. L’impact clinique de ce transfert d’addiction se traduit par des résultats thérapeutiques moins favorables et une complexité clinique accrue.

De l’addiction à l’alcool au food craving … et vice versa

Des études récentes montrent que 40 % des patients augmentent leur consommation et leur envie de sucre après un sevrage alcoolique, un résultat comparable à celui observé dans des modèles animaux (rats post-dépendants à l’alcool). Ce phénomène suggère un mécanisme de substitution entre alcool et sucre, reflétant une recherche de récompense alternative en raison de la dysrégulation des systèmes dopaminergiques et opioïdes pendant le sevrage. Ces observations soulignent l’importance de la surveillance et d’une prise en charge des comportements alimentaires pendant la récupération d’un trouble de l’usage d’alcool tout en sachant que la vitesse de réponse à l’insuline pourrait être liée à l’intensité du craving à l’alcool en post-sevrage. En savoir plus : www.jim.fr.

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