Réseaux sociaux : pour protéger les ados en ligne, faut‑il leur couper l’accès ?

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Peut-on vraiment protéger des adolescents d’applications conçues précisément pour exploiter ce qu’ils sont ? À Futurapolis Santé, deux spécialistes alertent sur ces nouvelles addictions cérébrales.

Des plateformes qui captent les adolescents par leur « dark flow »

Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre le mécanisme qui capte les adolescents avec une telle efficacité. Les plateformes exploitent un ressort bien connu de la psychologie positive : le flow, cet état d’absorption optimale théorisé par Mihály Csikszentmihályi.

Les réseaux sociaux semblent capables d’en reproduire certaines composantes, comme l’immersion, la concentration et la distorsion temporelle. Mais l’expérience qui en résulte est tout autre. Les chercheurs parlent alors de dark flow, un état d’absorption maladaptative d’abord identifié chez les joueurs de machines à sous par Mike Dixon et ses collègues.

La distinction est essentielle. Le flow repose sur un équilibre entre défi et compétences : l’activité mobilise pleinement les capacités de l’individu. Le dark flow, lui, se soustrait à cette exigence. Il désigne une absorption qui prend une tournure maladaptative.

Sur l’instant, l’immersion reste plaisante. Mais une fois absorbé, il devient difficile de s’en extraire. On se laisse alors happer par le flux de contenus, parfois jusqu’à perdre la notion du temps. D’acteur de l’expérience, on devient spectateur d’un temps d’écran parfois vertigineux.

Le mécanisme en jeu est similaire à celui de la machine à sous : la récompense est imprévisible (par exemple, une vidéo plus drôle que la précédente, un post qui a généré beaucoup de likes), et c’est précisément cette incertitude qui entretient la compulsion de répétition. Autrement dit, c’est l’incertitude de la récompense qui pousse les utilisateurs à revenir.

L’adolescent, candidat idéal pour les réseaux

Si ces mécanismes peuvent toucher tout le monde, ils rencontrent un terreau particulièrement fertile à l’adolescence. Cette période charnière est marquée par une sensibilité accrue au regard des pairs, une quête de reconnaissance sociale et une capacité de régulation émotionnelle encore en développement. C’est aussi un moment où l’on apprend à se définir, à éprouver les limites et à gagner en autonomie.

Or les réseaux sociaux concentrent ces enjeux dans un même espace. L’approbation y devient quantifiable, la comparaison permanente et la réponse des pairs presque immédiate. Ces dynamiques propres à l’adolescence rencontrent ainsi une interface capable de les solliciter en continu.

Notifications, likes et contenus personnalisés entretiennent l’engagement, tandis que le défilement infini rend l’interruption plus difficile. Chaque contenu en appelle un autre, sans véritable arrêt.

Les chiffres le confirment : selon le baromètre Ipsos/Macif 2025 réalisé auprès des 16-30 ans, 81 % d’entre eux disent perdre la notion du temps lorsqu’ils sont connectés, 76 % souffrent de troubles du sommeil et 36 % passent plus de quatre heures par jour sur les réseaux sociaux.

Les sujets plus jeunes ne sont pas en reste : d’après l’Arcom (le régulateur de la communication audiovisuelle et numérique, ndlr), les 12-17 ans passent en moyenne une heure et vingt-et-une minutes par jour sur TikTok seul.

En savoir plus : www.theconversation.com.

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