Rôle du tabac sans fumée dans le cancer

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Un éditorial paru dans le New England Journal of Medicine.

Dans cet éditorial du New England Journal of Medicine (NEJM), qui constitue avec The Lancet ou le JAMA les plus réputés journaux scientifiques médicaux, les auteurs analysent le rôle majeur du tabac sans fumée (smokeless tobacco, ST) dans la survenue mondiale de cancers, en particulier du cancer oral, en soulignant qu’il s’agit à la fois d’un problème de santé publique massif et largement évitable. Le tabac sans fumée est consommé par plus de 360 millions de personnes dans environ 140 pays, avec une concentration très marquée dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI), qui regroupent près de 77 % des usagers, notamment en Asie du Sud-Est. Les pays les plus concernés sont le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan et la Papouasie–Nouvelle-Guinée. Contrairement au tabagisme, dont la prévalence a diminué dans de nombreux pays, l’usage du tabac sans fumée est en augmentation à l’échelle mondiale.

Le tabac sans fumée est classé comme cancérogène certain (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il est fortement associé au cancer oral, dont l’incidence mondiale est en hausse, en particulier dans les régions où l’usage de ST est répandu. En 2022, près de 390 000 nouveaux cas de cancer oral ont été recensés dans le monde, l’Asie du Sud étant la région la plus touchée. Les auteurs estiment que plus de 120 000 cas de cancer oral (environ 30 %) sont attribuables à l’usage du tabac sans fumée, de la noix d’arec, ou à leur combinaison. La majorité de ces cas se concentre en Asie du Sud et de l’Est, l’Inde représentant à elle seule la plus grande part des cas et des décès. L’article met en évidence une grande hétérogénéité des produits de tabac sans fumée, tant en termes de composition que de modes d’usage. Ces produits incluent le tabac à chiquer, le snuff, le gutka, le khaini, le bétel avec tabac, le snus, ou encore le toombak. Ils contiennent souvent des additifs destinés à renforcer l’arôme ou la délivrance de nicotine. La noix d’arec, largement consommée dans certaines régions, est elle-même cancérogène et addictive. Dans les PRFI, la production artisanale et informelle du ST entraîne une forte variabilité des concentrations en substances toxiques et cancérogènes. Les auteurs soulignent également les inégalités sociales de santé associées au ST : son usage et le cancer oral touchent de manière disproportionnée les populations défavorisées, avec un pronostic plus sombre et une survie moindre dans les PRFI. L’usage du tabac sans fumée est socialement plus accepté que le tabagisme dans certains contextes, notamment chez les femmes, et progresse chez les jeunes, favorisé par des stratégies marketing ciblées, des arômes attractifs et des produits discrets. Enfin, l’article insiste sur le retard des politiques et de la recherche concernant le tabac sans fumée par rapport à la cigarette. Pourtant, des preuves solides montrent l’efficacité des interventions comportementales de sevrage, tandis que les données sur les traitements pharmacologiques (varénicline, substituts nicotiniques) sont encore limitées mais prometteuses. Les auteurs appellent à renforcer la formation des professionnels de santé, à intégrer systématiquement le repérage et le conseil sur le ST en pratique clinique, et à utiliser les examens bucco-dentaires comme opportunités de prévention et de sevrage. Ces actions sont jugées essentielles pour réduire la charge mondiale évitable du cancer oral lié au tabac sans fumée. En savoir plus : https://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMp2500631 Résumé de l’article par ChatGPT avec relecture et corrections par le Pr Benjamin ROLLAND

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