Tah l’époque, un roman de Oliver Lovrenski

Toutes les addictions /
Toutes les addictions

Editions Actes Sud, février 2026

Quand Ivor prend la parole, ça va vite, en flot continu entrecoupé de courtes pauses qui nous permettent de reprendre notre respiration. Les paragraphes avec si peu de ponctuation se suivent mais ne se ressemblent pas, ou alors si, beaucoup, dans l’état d’esprit du moins, celui d’une vision, non pas à ras de bitume, mais bien plutôt en profondeur de ce qui se joue là, dans les rues d’Oslo, quand on a quinze ans, des potes, et de quoi précipiter sa vie vers la marge, celle identifiée en tout cas comme telle par la “société“ des hommes… Ca nous parle de “frères“, frères de coeur dirons-nous, à l’âge où l’amitié entre garçons peut vite ressembler au lien qui unirait une fratrie. On s’aime. On se bouscule. On s’entraide. On s’inquiète les uns des autres. On fume, on boit, on gobe, on sniffe, on chille, on kebab. On vit la même vie dans une forme de confort affectif et psychoactif qui compense l’absence d’une ascendance occupée ailleurs… Ivor et ses amis Marco, Arjan et Jonas ne sont pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, alors va falloir trouver sa richesse de pleine vie ailleurs : le groupe, la rue, les substances de toutes les formes et de toutes les couleurs pour vivre plus haut, plus fort, ou plus doux, plus loin, plus tranquille, plus cassé, plus défoncé. On deale aussi, pour pas grand-chose, mais pour protéger un peu ses arrières. On prend les choses parfois à la légère, ou bien trop à coeur. Mais à l’école de la vie, on a vite fait de s’abîmer. Et à quinze ans on est encore fragile malgré tout, alors le risque de décrocher pour de bon est bien là. Comme leur annonce un des “alcoolos” du parc : « L’école de la vie, c’est pas la solution, si t’es recalé là, t’es recalé pour de bon… » Mais, même si Ivor, Marco, Arjan et Jonas tracent des chemins de vie et d’usage qui ressemblent à des ornières, elles ne sont en aucun cas des déterminismes. Ces adolescents ne sont pas des gamins irresponsables comme on aurait vite fait de les qualifier. Ils se responsabilisent à leur manière, en creusant leur propre sillon d’émotions, de sensations, de comportements, déviants ou pas, même si ce n’est pas toujours pour leur bien. Et quand l’un des leurs tombe, ils le relèvent sans se poser de question, parce que c’est comme ça que ça marche entre potes… L’auteur de ce roman n’avait que dix-neuf ans quand il l’a écrit, mais la maturité qui s’en dégage permet de mieux appréhender ce qui se joue à un âge et une époque qui ne fait pas de cadeaux à celles et ceux qui “ne filent pas droit“ pour tenter de s’adapter à un environnement qui leur fait perdre leur équilibre… Thibault de Vivies, DopamineCity.fr

Aller plus loin sur l’espace Toutes les addictions

Informations, parcours d’évaluations, bonnes pratiques, FAQ, annuaires, ressources, actualités...



Découvrir