En France, environ 8 personnes sur 10 ayant un trouble lié à l’usage des opioïdes reçoivent un médicament de substitution aux opioïdes (MSO). Il s’agit principalement de la buprénorphine ou de la méthadone. La France fait partie des pays européens où l’accès à ces traitements est le plus important.
Les bénéfices de ces traitements sont aujourd’hui bien établis. Ils permettent notamment de réduire ou de stabiliser la consommation d’opioïdes, de diminuer certains risques pour la santé, notamment les infections comme le VIH ou les hépatites, et de favoriser la réinsertion sociale et professionnelle.
Jusqu’à présent, il était cependant plus difficile de mesurer précisément leur effet sur le risque de décès. Il n’est en effet pas possible de réaliser un essai clinique dans lequel certaines personnes recevraient volontairement un traitement et d’autres non, car les bénéfices des traitements sont déjà établis. Des études menées dans plusieurs pays avaient toutefois montré que le risque de décès était plus faible pendant les périodes où les personnes recevaient un traitement de substitution que pendant les périodes où elles n’en recevaient plus.
Une nouvelle étude française s’est intéressée à cette question à partir des données de l’Assurance Maladie.
Une vaste étude menée à partir des données de l’Assurance Maladie
Les chercheurs ont analysé les données du Système national des données de santé (SNDS), qui rassemble notamment les données de remboursement de l’Assurance Maladie, les données hospitalières, et les données liées aux décès.
L’étude a porté sur les personnes de plus de 15 ans ayant commencé un traitement de substitution aux opioïdes entre 2010 et 2022. Pour être incluses dans l’étude, elles devaient notamment avoir reçu au moins deux délivrances d’un MSO à moins de 35 jours d’intervalle.
Au total, 175 191 personnes ont été suivies. Leur âge médian était de 35 ans et 75 % étaient des hommes. Au début du suivi : 65 % avaient reçu de la buprénorphine ; 31 % de la méthadone ; 3 % de la buprénorphine associée à la naloxone.
Dans près de 7 cas sur 10 (67 %), le traitement avait été prescrit par un médecin généraliste.
Les chercheurs ont ensuite comparé les périodes pendant lesquelles les personnes étaient sous traitement avec celles pendant lesquelles elles ne recevaient plus de traitement, afin d’étudier le risque de décès.
Un risque de décès nettement plus faible pendant les périodes de traitement
Au cours de la première année de suivi, le taux de décès était d’environ 10 décès pour 1 000 personnes et par an pendant les périodes où les personnes recevaient un MSO, contre environ 31 décès pour 1 000 personnes et par an pendant les périodes sans traitement par MSO.
Après avoir pris en compte différents facteurs pouvant influencer le risque de décès, les chercheurs estiment que le risque de mourir était environ 2,4 fois plus faible pendant les périodes où les personnes recevaient un traitement par MSO que pendant les périodes sans traitement.
L’effet était particulièrement marqué avec la buprénorphine : après prise en compte des autres facteurs, le risque de décès était environ 6 fois plus faible pendant les périodes de traitement par buprénorphine que pendant les périodes sans traitement.
Pour la méthadone, le risque de décès était également plus faible pendant les périodes de traitement, d’environ 1,7 fois.
Que retenir de cette étude ?
Cette étude, menée à partir des données de 175 000 personnes en France, apporte de nouveaux résultats importants sur les bénéfices des médicaments de substitution aux opioïdes.
Elle montre une association nette entre les périodes de traitement par MSO et une diminution du risque de décès, avec un effet particulièrement important observé pour la buprénorphine.
Ces résultats confortent le modèle choisi en France reposant sur une large diffusion de la buprénorphine, prescrite en médecine générale. Un message important pour les patients et pour les prescripteurs est d’éviter les ruptures de traitement et de favoriser la continuité des soins. Un message important pour les décideurs est de renforcer les soins primaires à même d’assurer un suivi coordonné, continu et en proximité pour les patients.
Les auteurs :
Julie Dupouy,
Département de médecine générale, Faculté de médecine, Université de Toulouse ; CERPOP, Université de Toulouse, Inserm, Toulouse.
Vladimir Druel
Département de médecine générale, Faculté de médecine, Université de Toulouse ; CERPOP, Université de Toulouse, Inserm, Toulouse.
Yohann Vergès
Département de médecine générale, Faculté de médecine, Université de Toulouse ; CERPOP, Université de Toulouse, Inserm, Toulouse.
Antoine Pariente
Équipe AHeaD, Inserm, Bordeaux Population Health, Université de Bordeaux ; Service de pharmacologie médicale, CHU de Bordeaux.
Maryse Lapeyre-Mestre
CEIP-Addictovigilance, CIC 1436, Service de pharmacologie médicale et clinique, Faculté de médecine de Toulouse.
En savoir plus : https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(26)00095-2/fulltext