Aux États-Unis, l’Équipe de France va passer, ce mardi 16 juin, sa première épreuve au mondial de foot. Les Bleus affrontent le Sénégal qui les avait battus 1-0, lors du fiasco de la coupe du monde de 2002. À 21 les fans pourront regarder le match, et peut-être aussi parier. Ce qui n’est pas sans danger. C’est ce qu’est venue rappeler au micro ICI Gard Lozère Amandine Luquiens, psychiatre et addictologue au CHU de Nîmes.
ICI Gard Lozère : Les Bleus vont faire tourner le ballon, mais ce sont les paris sportifs qui donnent le tournis ! C’est l’autre mondial de foot. Les mises pourraient augmenter de 185 % par rapport à 2018 en Russie, pour atteindre les 60 milliards d’euros, à travers la planète. Ça veut dire quoi, qu’on est devenu accros aux pronos ?
Amandine Luiquiens : On peut dire ça. Le nombre de personnes qui sont concernées par une addiction aux jeux d’argent a nettement augmenté ces 10 – 15 dernières années. Et les dépenses consacrées aux publicités ont explosé sur les quatre ans qui viennent de s’écouler, en particulier sur la dernière année. Elles ont augmenté de 25 % pour occuper un maximum le terrain avant ce mondial, en Amérique du Nord.
La coupe du monde, c’est tous les quatre ans et ça dure un mois. Est-ce qu’on a le temps de devenir accro en un mois ?
Oui, en un mois on a le temps de devenir accro. On a le temps de commencer une activité de jeu, alors qu’auparavant, on ne jouait pas. On a le temps de perdre le contrôle. On a le temps d’avoir des petits gains ou en tout cas des gains qui sont importants au regard de ses revenus. C’est aussi l’un des facteurs qui va faire qu’on prend confiance dans ses capacités à gagner, qu’on développe une illusion de contrôle. Malgré tout, les paris sportifs restent un jeu de hasard avant tout, même si l’on connaît bien les équipes, puisque les produits de jeux sont conçus pour rendre addict.
C’est le fait de jouer ou de gagner qui rend accro ?
En fait, c’est les deux. Les jeux d’argent ont une action qui se fait en deux phases. Au moment de la mise, et après, à l’issue du jeu qui est soit un gain soit une perte. Le cerveau va devenir accro à la mise. Bien sûr, il va falloir et au moins quelques fois que ces paris génèrent un gain pour qu’il y ait une récompense dans le cerveau. Mais la mise en elle-même est déjà une récompense. C’est un cercle vicieux qui va se refermer sur le joueur dont la liberté de jouer ou pas va se perdre au fur et à mesure.
En combien de temps peut-on développer une dépendance ?
Alors, c’est très variable selon les gens. Mais, cela se manifeste par le fait que le jeu prend de plus en plus de place, dans la tête, dans les faits et dans le temps. Il conditionne toutes les autres activités et en fait délaisser d’autres.
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