Drogues dissociatives : une menace émergente en France ?

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Méthodologie Les chercheurs ont mené une analyse rétrospective de 56 cas impliquant des analogues de la kétamine signalés au Réseau français d’addictovigilance jusqu’au 31 décembre 2024, incluant des données de la Base nationale de pharmacovigilance française et du registre DRAMES (décès liés aux drogues). Les substances d’intérêt comprenaient le 2-fluorodeschlorokétamine (2-FDCK), la deschlorokétamine (DCK), le N-éthyldeschlorokétamine (O-PCE également connu sous le nom de 2-Oxo-PCE ou éticyclidone), la fluorexétamine (FXE) et l’hydroxétamine…

Méthodologie

  • Les chercheurs ont mené une analyse rétrospective de 56 cas impliquant des analogues de la kétamine signalés au Réseau français d’addictovigilance jusqu’au 31 décembre 2024, incluant des données de la Base nationale de pharmacovigilance française et du registre DRAMES (décès liés aux drogues).
  • Les substances d’intérêt comprenaient le 2-fluorodeschlorokétamine (2-FDCK), la deschlorokétamine (DCK), le N-éthyldeschlorokétamine (O-PCE également connu sous le nom de 2-Oxo-PCE ou éticyclidone), la fluorexétamine (FXE) et l’hydroxétamine (HXE), avec une exposition confirmée analytiquement dans 38 % des cas par des échantillons biologiques ou des programmes de vérification de drogues.
  • Les participants étaient majoritairement des hommes (93 %) avec un âge moyen de 32,1 ans (intervalle de 17 à 57 ans). Les données collectées incluaient les caractéristiques sociodémographiques, les modes de consommation des analogues de la kétamine (fréquence, contexte d’usage, voie d’administration, substances co-consommées) ainsi que les résultats sanitaires classés selon la terminologie du Dictionnaire médical des activités réglementaires.
  • Les profils d’utilisateurs ont été dérivés par une analyse qualitative inductive des descriptions narratives de cas, basée sur des schémas récurrents de motivation, de fréquence d’utilisation et de contexte, avec une gravité des cas évaluée selon les critères d’addictovigilance incluant l’hospitalisation, l’état mettant la vie en danger, l’incapacité, le décès ou toute autre condition médicale grave.
  • L’étude a été menée conformément aux réglementations françaises sur l’utilisation secondaire de données anonymisées enregistrées pour la surveillance de la sécurité, avec tous les cas de décès du registre DRAMES confirmés analytiquement par des analyses post-mortem.

Principaux résultats

  • Les substances les plus fréquemment impliquées étaient le 2-FDCK dans 52 % des cas (n = 29) et l’O-PCE dans 38 % des cas (n = 21), suivis de la DCK dans 9 % des cas (n = 5), de la FXE dans 5 % des cas (n = 3) et de l’HXE dans 2 % des cas (n = 1), avec une consommation concomitante d’au moins une autre substance psychoactive dans 82 % des cas (n = 46).
  • Les effets indésirables neurologiques et psychiatriques étaient les plus fréquemment rapportés, avec des états dissociatifs observés dans 64 % des cas (n = 36), une agitation dans 25 % des cas (n = 14), un délire dans 18 % des cas (n = 10), des hallucinations dans 16 % des cas (n = 9) et une altération de la conscience dans 25 % des cas (n = 14) incluant 16 % de comas (n = 9).
  • Les cas classés comme graves représentaient 61 % du total (n = 34), incluant 6 cas non mortels avec des conditions mettant la vie en danger nécessitant des soins intensifs (11 %) et 6 décès (11 %), tous survenus en dehors des établissements hospitaliers avec des individus retrouvés décédés à domicile.
  • Les cas confirmés analytiquement étaient significativement plus fréquemment associés à une exposition involontaire (p = 0,048) et incluaient tous les décès (p = 0,006), tandis qu’aucune différence significative n’a été observée pour les autres caractéristiques entre les cas confirmés analytiquement et ceux auto-déclarés.

En pratique

  • Au cours des 2 dernières décennies, les nouvelles substances psychoactives (NSP) sont apparues à l’échelle mondiale, remodelant les modes de consommation de drogues, avec un nombre de NSP identifiées qui a augmenté de manière marquée, dépassant 1 000 à la fin de 2024 selon le Système d’alerte précoce de l’Union européenne sur les NSP.
  • Les analogues de la kétamine partagent une structure centrale d’arylcyclohexylamine, qui confère des effets dissociatifs via l’antagonisme des récepteurs N-méthyl-D-aspartate (NMDA), et ces composés sont chimiquement modifiés pour imiter les effets des substances psychoactives traditionnelles, avec des altérations conçues pour améliorer les effets désirés ou, plus communément, pour contourner les restrictions légales.
  • La surveillance de l’utilisation des NSP et des dommages associés est difficile en raison de l’évolution rapide du marché des drogues, nécessitant des données en temps quasi réel provenant de sources multiples, notamment des services d’urgence, des admissions hospitalières, des analyses médico-légales post-mortem, des programmes de vérification de drogues et de la surveillance en ligne.
  • En France, l’addictovigilance est un système national dédié à la surveillance de l’abus de substances psychoactives licites et illicites, détectant les signaux de sécurité émergents en triangulant plusieurs sources de données, notamment les rapports spontanés de professionnels de santé et des outils épidémiologiques spécifiques, tels que les décès liés aux drogues et les ordonnances falsifiées.
Selon les auteurs : « Les analogues de la kétamine représentent une préoccupation émergente de santé publique en France, reflétant des transformations plus larges des marchés contemporains de drogues. Cette étude révèle des modes de consommation divers, allant de l’expérimentation intentionnelle à l’exposition involontaire par la vente trompeuse de drogues, avec des résultats particulièrement préoccupants dans les contextes de chemsex. La proportion élevée d’événements indésirables graves, y compris des décès, combinée à des connaissances pharmacologiques limitées et à une faible détectabilité dans les panels toxicologiques standard, souligne les défis que ces substances posent aux utilisateurs, aux systèmes de santé et aux infrastructures de surveillance. » En savoir plus : www.univadis.fr.

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