N’attendez pas de cet ouvrage qu’il vous dresse un panorama des films traitant de la problématique des usages d’alcool. Ce n’est pas son objet, et c’est ce qui le rend d’autant plus intéressant. Il nous raconte comment l’alcool s’immisce dans les films grand public, du moins ceux à succès, pour consolider positivement, et souvent l’air de rien, sa place et son image de composante incontournable de la société et de l’identité française.
En prenant appui sur un corpus de 190 films étalés sur 19 années, films très différents les uns des autres mais ayant fait partie des dix plus gros succès de l’année, le chercheur Erwan Pointeau-Lagadec pointe, dans la première partie de cet ouvrage,
« l’omniprésence des représentations positives de la consommation d’alcool » dans le cinéma français depuis 1960. Entre quête de socialisation, plaisir gustatif ou ivresse festive, entre autres, l’alcool sait se faire désirer et accompagne sans se faire mal voir les moments de vie des personnages, avec des habitudes plus ou moins ancrées.
Bien entendu, il arrive que ces films s’attardent à l’occasion sur les abus et méfaits de l’alcool, mais ces aspects négatifs ne semblent pas faire le poids face à la déferlante des représentations positives qui ont peu évolué au fil des décennies.
Quelles sont les raisons alors pour lesquelles ces représentations ne reflètent pas l’évolution réelle des usages et la baisse significative du niveau de consommation en France, notamment de vin ? L’auteur parle là de
“découplage“. Les deux principales hypothèses proposées dans l’ouvrage sont les suivantes : un biais sociologique qui influencerait les acteurs de l’industrie du film à présenter l’alcool sous un jour favorable, et un entrisme des alcooliers qui, depuis les restrictions de la loi Evin de 1991, tenteraient de placer judicieusement leurs produits dans les oeuvres cinématographiques pour contourner cette même loi au mépris de considérations sanitaires légitimes.
Bien entendu, difficile, comme le dit l’auteur, d’établir avec certitude des liens de cause à effet entre l’exposition et les représentations positives de l’alcool dans les films et le passage à l’acte de consommation. Mais difficile aussi d’écarter l’influence de ces représentations sur la normalisation et la déculpabilisation des usages, même à risque… Pour conclure, risquons-nous à une hypothèse : et si le cinéma permettait finalement de vivre par procuration les usages “immodérés“ que certains et certaines d’entre nous se refusent de plus en plus pour ne pas grignoter leur capital santé ?
Thibault de Vivies,
DopamineCity.fr
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