« Il y a une sous-estimation du phénomène du chemsex et de ses ravages« , alerte le psychiatre Jean-Victor Blanc

Addictions comportementales /
Addictions comportementales

Depuis janvier 2026, 18 personnes sont mortes d'overdoses à Paris, et neuf de ces décès sont liés au chemsex, selon le parquet de Paris. Le psychiatre Jean-Victor Blanc alerte sur l’ampleur du phénomène.

Dix-huit personnes sont mortes d’overdoses dans la capitale depuis le mois de janvier 2026, selon des chiffres du parquet de Paris publiés lundi 20 avril 2026 par Le Parisien. Neuf de ces décès sont liés à la pratique du chemsex, qui consiste à avoir des relations sexuelles sous l’emprise de produits psychoactifs. Pour les associations de prévention, ces chiffres sont largement sous-estimés. « Il y a une sous-estimation du phénomène du chemsex et de ses ravages », estime le psychiatre et addictologue Jean-Victor Blanc, qui exerce à l’Hôpital Saint-Antoine et enseigne à Sorbonne-Université. Selon lui, ce phénomène est « à l’intersection de beaucoup de choses » : « l’arrivée de nouvelles drogues de synthèse », peu chères et facilement accessibles, mais aussi un sujet encore tabou en France, celui de la sexualité. Il évoque également « un refuge » trouvé par certains dans ces drogues.

« Environ 40 à 50% » des usages sont problématiques

Le psychiatre, auteur de Des amours chimiques, le fléau du chemsex, fait un parallèle avec l’histoire du VIH : « Non seulement parce que ça touche des communautés qui sont minorisées, et notamment la communauté homosexuelle, qui est pour le moment la principale concernée par l’épidémie de chemsex, mais aussi parce qu’on voit que c’est un sujet qui fait peur, qui n’intéresse pas beaucoup les pouvoirs publics. » Aujourd’hui, le chemsex concerne principalement la communauté homosexuelle masculine, souvent confrontée à des parcours de vie difficiles : harcèlement lié à l’orientation sexuelle, rejet familial ou événements de rupture. « Il y a souvent une histoire difficile », souligne le médecin, ayant ouvert une consultation spécialisée sur le sujet. Tous les usagers ne développent pas une addiction, mais « environ 40 à 50% » ont un usage problématique. Le phénomène reste encore mal connu des professionnels de santé : « On ne m’avait pas enseigné », raconte-t-il en évoquant ses débuts, face à des patients reçus aux urgences sans comprendre qu’il s’agissait de chemsex. « Tant que les professionnels ne sont pas formés, on ne peut pas mettre en place un dialogue et une prise en charge adaptée », regrette-t-il. Si la formation progresse, l’accès aux soins reste un enjeu majeur. « On a déjà trop de personnes qui sont malades et qui voudraient consulter et qui n’y arrivent pas », alerte Jean-Victor Blanc, dont la consultation est « complètement saturée ». En savoir plus : www.franceinfo.fr.

Aller plus loin sur l’espace Addictions comportementales

Informations, parcours d’évaluations, bonnes pratiques, FAQ, annuaires, ressources, actualités...



Découvrir