Avec
« une première génération sans tabac », le Royaume-Uni vit
« un moment historique », s’est félicité mardi 21 avril son ministre de la Santé, Wes Streeting. La veille, le Parlement britannique a adopté une loi interdisant la vente de cigarettes à toutes les personnes nées après 2008, donc âgées aujourd’hui de 17 ans ou moins, et qui ne pourront jamais acheter légalement de cigarettes. La loi doit désormais recevoir l’assentiment royal, une formalité.
« On remercie le Royaume-Uni », réagit la Ligue contre le cancer. Son responsable de la prévention, Alexandre Cobigo, y voit du
« courage politique » car
« les Britanniques nous ouvrent la voie et montrent que c’est possible ».
L’interdiction du tabac à toute une génération est-elle la mesure la plus efficace ?
« Il n’y a jamais de mesure efficace en santé publique, c’est toujours un bouquet, un panel de mesures qui rend efficace une stratégie de santé publique, estime Alexandre Cobigo.
Pour autant, cette mesure est une priorité aujourd’hui car la plus pertinente, sur le temps long, c’est celle où l’on coupe le robinet. » Surtout, selon le responsable prévention de la Ligue contre le cancer, cela permettrait de mettre fin
« à un jeu hautement cynique, celui de l’industrie du tabac, qui va chercher de nouveaux fumeurs parce qu’elle a tué un fumeur sur deux, la moitié de ses clients. » Le tabagisme est responsable de la mort d’environ 80 000 Britanniques par an et de plus de 68 000 décès prématurés en France, en 2023, dont 58% par cancer.
Si le Comité national contre le tabagisme (CNCT) salue également
« l’aboutissement d’un long combat de santé publique » au Royaume-Uni, Amélie Eschenbrenner, sa responsable communication, rappelle qu’il faut
« mettre en place une série de mesures cohérentes » avant de parvenir à une loi « génération sans tabac ». Ainsi, le paquet de cigarettes atteint 20 euros outre-Manche,
« ce qui a permis de baisser la consommation, chez les adultes comme chez les jeunes ».
Selon Amélie Eschenbrenner, diminuer le taux de fumeurs est un prérequis pour assurer l’efficacité d’une telle loi.
« C’est pour ça que, pour le moment, en France, ce n’est pas vraiment applicable », conclut la responsable communication du CNCT, qui appelle à des hausses régulières du prix du paquet de cigarettes d’au moins un euro, jusqu’à atteindre le seuil des 20 euros car, selon elle, les augmentations de 20 centimes n’ont pas d’effet psychologique.
Cette loi britannique pour interdire la vente de cigarettes aux personnes nées après 2008 doit s’accompagner, aussi, d’un
« encadrement plus strict des produits de vapotage », ajoute Amélie Eschenbrenner.
« Aujourd’hui, on voit qu’il y a plus de vapoteurs que de fumeurs au Royaume-Uni : avec 10% de vapoteurs quotidiens, contre 6% en France. » Le risque de voir le marché de la vape augmenter n’est pas lié à une loi « génération sans tabac », selon Marion Catellin, directrice de Contre-Feu, l’Alliance contre le tabac, mais à cause d’une industrie
« très agressive » vis-à-vis des adolescents, avec un
« marketing déviant », dénonçant la multiplicité des goûts fantaisistes, et des produits détournant les codes des jeux vidéo et mangas.
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