« On espère ne pas en arriver au point où c’est irréversible » : à Lyon, une téléconsultation pour les accros au protoxyde d’azote

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Pierre Wertheimer à Bron (Rhône), le 8 avril 2026. (FLORENCE MOREL / FRANCEINFO) Depuis novembre 2024, le docteur Christophe Riou propose un rendez-vous en ligne pour prendre en charge les consommateurs de gaz hilarant dès l'apparition des premiers symptômes inquiétants.

Ces dernières années, son usage est largement détourné, notamment par un public jeune et populaire. Au point que les cartouches de chantilly (que les consommateurs « craquent » dans un ballon de baudruche pour inhaler le gaz plus facilement) ont peu à peu laissé place aux bonbonnes, qui, à l’unité, permettent de remplir jusqu’à 80 ballons, pour 25 à 30 euros, et même aux « tanks » (jusqu’à 2 000 ballons), selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Pour tenter d’enrayer le phénomène, une loi a été adoptée en 2021 pour interdire sa vente aux mineurs. Mais les plus jeunes consommateurs s’en procurent sur des sites internet, souvent hébergés à l’étranger. La preuve : entre 2020 et 2023, la consommation n’a cessé de gonfler, les signalements ayant été multipliés par trois, selon Santé publique France. De quoi forcer le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, à annoncer fin mars une série de mesures pour durcir la législation. « C’est un problème que nous avons pris à bras le corps », a-t-il insisté à l’Assemblée nationale, le 14 avril, promettant qu’un texte serait présenté « dans les semaines à venir ». De son côté, l’association Antoine-Alléno a annoncé, mercredi 22 avril, qu’elle lançait une action collective en justice contre des entreprises chinoise et polonaise qu’elle accuse de fabriquer et distribuer les bonbonnes de protoxyde d’azote de la marque Cream Deluxe et d’encourager leur « usage détourné (…) à des fins récréatives »« Cette action de groupe va nous permettre d’attaquer les producteurs (…) qui utilisent des biais de communication trompeurs auprès de nos jeunes », a expliqué le chef étoilé Yannick Alléno, président de cette association qui porte le nom de son fils, tué en 2022 à Paris par un chauffard qui conduisait sans permis, alcoolisé et à bord d’une voiture volée.

De possibles troubles neurologiques

Inhalé en grande quantité, le protoxyde d’azote peut avoir des conséquences très graves sur la santé. Des brûlures sur les lèvres ou le larynx, tout d’abord, quand le gaz est inhalé directement dans la bonbonne ou la cartouche (c’est pour les éviter que les usagers gonflent des ballons qu’ils inspirent ensuite). Une consommation prolongée peut, elle, entraîner une perte brutale de connaissance pouvant aller jusqu’à l’arrêt respiratoire. Et les forces de l’ordre alertent régulièrement sur des accidents de la route, pour lesquels ils soupçonnent l’implication de gaz hilarant.
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A plus long terme, le « proto » peut avoir de lourdes conséquences, parfois irréversibles, et faire apparaître des troubles psychiques ou neurologiques, comme des engourdissements, des faiblesses musculaires voire une perte de la capacité à marcher… Les experts résument ces symptômes avec un acronyme – PIF – pour picotements, instabilité (perte d’équilibre) et faiblesse (musculaire). Ils enjoignent les consommateurs à consulter dès l’apparition des picotements. Benjamin, lui, en est déjà au stade F. Il ressent « une perte [musculaire] au niveau des jambes »« Mon neurologue m’a prescrit de la vitamine B12 et ça va mieux », assure-t-il. « Le problème c’est que cette prescription ne suffit pas, car le protoxyde d’azote ne détruit pas votre B12, il l’inactive. C’est comme si des ouvriers pointaient à l’usine mais qu’ils décidaient de ne pas travailler. Ils sont bien présents, mais la production, elle, est arrêtée, explique Christophe Riou. Le mieux, ce serait qu’on replanifie un rendez-vous. Vous êtes en zone orange. Après, ce sera le fauteuil roulant. On va éviter d’en arriver là. » En savoir plus : www.franceinfo.fr.

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