Parmi les options thérapeutiques innovantes en addictologie, la stimulation cérébrale non invasive suscite une attention croissante. Dans les troubles de l’usage de substances, cette approche pourrait notamment favoriser le renforcement de certaines fonctions exécutives, en particulier du contrôle inhibiteur, tout en contribuant à la diminution du craving.
Parmi les techniques de stimulation cérébrale non invasive, la stimulation transcrânienne par courant continu, ou tDCS, consiste à appliquer un faible courant électrique à l’aide de deux électrodes posées sur le cuir chevelu. Cette technique présente l’avantage d’être bien tolérée, relativement peu coûteuse et facile à administrer. Elle pourrait également, à terme, être utilisée dans des formats plus accessibles, y compris à domicile. Malgré ces atouts, l’efficacité thérapeutique de la tDCS dans les troubles de l’usage de substances reste encore à démontrer. En effet, les essais cliniques menés jusqu’à présent en addictologie, bien que prometteurs, reposaient sur des effectifs réduits et des durées de suivi limitées, aboutissant ainsi à un niveau de preuve encore insuffisant.
L’essai REDSTIM, récemment publié dans la revue
Addiction, est à ce jour le plus grand essai clinique évaluant une technique de stimulation cérébrale non invasive en addictologie. Dans cette étude multicentrique, 337 adultes présentant un Trouble de l’Usage d’Alcool (TUA) et souhaitant réduire leur consommation ont été randomisés pour recevoir soit des séances de tDCS active, soit des séances de tDCS placebo.
Les séances étaient administrées à raison de deux sessions quotidiennes de 13 minutes, espacées par une pause de 20 minutes, pendant cinq jours consécutifs, soit un total de dix séances. Les participants ont été suivis pendant 24 semaines après la fin de la stimulation, avec des visites mensuelles. Le critère de jugement principal portait sur l’évolution de la consommation d’alcool au cours des 24 semaines de suivi, évaluée à partir de deux indicateurs : la consommation totale d’alcool, exprimée en grammes d’éthanol par jour, et le nombre de jours de forte consommation, définis par une consommation ≥ à 60 g d’alcool pur par jour chez les hommes et ≥ 40 g chez les femmes.
Le principal critère d’efficacité était la réduction du nombre de jours de forte consommation au cours des 24 semaines de suivi. Les résultats ont montré une diminution plus importante dans le groupe recevant la tDCS active que dans le groupe placebo, avec 2,45 jours de forte consommation en moins par mois, une différence statistiquement significative. La réduction de la consommation totale d’alcool était également plus importante dans le groupe actif, mais cette différence n’atteignait pas le seuil de significativité statistique.
Concernant les critères secondaires, les mesures de craving au moment de la visite étaient plus faibles dans le groupe tDCS active. En revanche, aucune différence significative n’était observée pour les autres mesures de craving. Parmi les biomarqueurs de consommation d’alcool, seule la transferrine désialylée, ou CDT, était significativement plus faible dans le groupe stimulation active à 24 semaines.
L’intervention a été globalement bien tolérée. La fréquence des effets indésirables rapportés était comparable dans les deux groupes : 41,1 % des participants du groupe actif et 36,7 % du groupe placebo ont présenté au moins un effet indésirable. Les paresthésies et les céphalées étaient plus fréquentes dans le groupe actif, tandis que l’asthénie était plus fréquente dans le groupe placebo.
L’essai REDSTIM a donc permis de mettre en évidence un signal d’efficacité durable après une intervention courte de dix séances de tDCS. Ces résultats suggèrent qu’une stimulation cérébrale non invasive par tDCS pourrait contribuer à soutenir la réduction des jours de forte consommation chez des personnes présentant un TUA. La taille d’effet standardisée observée pour la réduction des jours de forte consommation était de -0,35, ce qui correspond à un effet faible à modéré. Cet ordre de grandeur est proche de celui rapporté dans les études de pharmacothérapies approuvées pour la réduction de la consommation d’alcool, même si les comparaisons indirectes entre interventions doivent être interprétées avec prudence.
Ces résultats suggèrent que la tDCS pourrait devenir un outil complémentaire au sein d’une prise en charge globale du trouble de l’usage d’alcool.
En savoir plus :
https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/add
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