Alcoolisme au travail : comment prévenir l’addiction et la prendre en charge ?
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Pour la première fois en France, les Alcooliques Anonymes (AA) se sont associés à l’initiative du Défi de janvier, qui incite à s‘abstenir de consommer toute boisson alcoolisée, jusqu’à la fin du mois. L’occasion de sonder Catherine Solano, présidente bénévole de l’association des AA français, autour de grandes questions liées à la problématique de l’alcoolisme au travail. Elle évoque ici les bons réflexes et bonnes pratiques à avoir en milieu professionnel, pour accompagner au mieux les salariés concernés.

Certains salariés sont-ils plus exposés à des troubles de la consommation d’alcool ?

Si l’on en croit les données du baromètre santé de Santé Publique France 2017-2021 , tous les secteurs et salariés sont potentiellement concernés. Néanmoins, certains d’entre eux sont plus exposés à un usage régulier et potentiellement dangereux de substances psychoactives, notamment à l’alcool. Ainsi, l’usage quotidien d’alcool ou les consommations ponctuelles importantes (6 verres ou plus lors d’une même occasion) sont particulièrement fréquents dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche (16,6 % d’usage quotidien, contre 7,7 % parmi l’ensemble des actifs) et de la construction (13,4 % d’usage quotidien).  Soit des secteurs et métiers qui figurent parmi les plus exposés aux risques physiques comme psychologiques, selon des données de la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES.)

« Ce n’est pas systématique, mais on peut faire une corrélation entre souffrance au travail et surconsommation d’alcool, oui » confirme Catherine Solano. L’alcool peut en effet être souvent utilisé comme anxiolytique ou comme anti-dépresseur au travail, même si, paradoxalement, à moyen long terme, il crée de l’anxiété et favorise la dépression »

Plus largement, certaines consommations de substances psychoactives, notamment l’alcool, ont pour objectif de tenir face à certaines contraintes générées par le travail, relève l’INRS. Plusieurs situations ont été identifiées, comme le stress, le travail en contact quotidien avec le public, le travail en horaires atypiques, l’exposition au froid ou à la chaleur, le travail en plein air ou encore le port de charges lourdes.

Quelles conséquences peut avoir un taux d’alcoolémie trop important sur le lieu de travail ?

Selon l’INRS, le risque d’accident du travail grave est multiplié par 2 chez les hommes consommant au moins 4 verres d’alcool par jour, et chez les femmes consommant au moins 2 verres par jour. En outre, une prise excessive d’alcool conduit aussi souvent à une baisse de la qualité du travail délivré par le salarié concerné et à davantage d’absentéisme professionnel.

« En réalité, ce qui se dégage des témoignages que j’ai pu entendre, c’est que les alcooliques au travail sont dans un premier temps souvent considérés comme des gens sur qui on peut compter, précise Catherine Solano. Ils sont travailleurs, courageux, ils font ce qu’ils peuvent pour continuer de bien exercer leurs fonctions. Cependant, un jour, un point de rupture est atteint, qui peut notamment les conduire à faire une faute professionnelle grave. Ça peut aller jusqu’à les exposer à une perte d’emploi. »

En savoir plus : www.cftc.fr.

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