Le Code du travail interdit les boissons alcoolisées sur le lieu de travail, à l’exception du vin, de la bière, du cidre et du poiré. Une survivance étonnante héritée d’une époque où certaines boissons fermentées étaient considérées comme plus sûres que l’eau, avant d’être rattrapées par les politiques de prévention des risques.
« Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n’est autorisée sur le lieu de travail. »
La formulation de l’article R4228-20 du Code du travail français a de quoi dérouter. Après avoir semblé annoncer une interdiction générale de l’alcool au travail, le texte énonce finalement, noir sur blanc, quatre exceptions : le vin, la bière, le cidre et le poiré. Comme si, au fond, ces boissons n’étaient pas tout à fait des alcools comme les autres.
Une distinction qui ne surprend pas Didier Nourrisson, historien, auteur d’Une Histoire du vin. « Ce sont les boissons qui ont été acceptées par la société depuis le XIXe siècle, parce qu’elles étaient considérées comme hygiéniques, selon le terme de Pasteur, qui considérait qu’elles n’apportaient pas de maladies mais la santé, contrairement à l’eau qui était dangereuse. »
À cette époque, le vin était donc considéré comme « une boisson tout à fait légitime pour les travailleurs », poursuit l’historien qui rappelle que « l’Académie de médecine admettait tout à fait qu’un travailleur puisse boire un litre de vin par jour ». Pendant longtemps, le vin, mais aussi le cidre dans l’ouest de la France ou la bière au nord accompagnent donc le repas de travail. Ils relèvent moins, dans les représentations sociales, de l’alcoolisation que de l’alimentation, du casse-croûte et de la sociabilité ouvrière.
L’alcoolisme est pourtant déjà connu, mais il était surtout associé à l’abus de boissons spiritueuses. « Les alcools forts étaient, quant à eux, disqualifiés socialement, parce qu’on considérait que leur teneur en alcool entraînait des désordres cérébraux majeurs et pouvait provoquer des violences sociales importantes : des rixes, voire des révoltes ou des révolutions », explique Didier Nourrisson.
En savoir plus : www.rfi.fr.