Frédéric Guibert, Responsable pôle santé et sécurité chez Scania Productions Angers, souligne l’importance de soutenir le « courage managérial avec une politique suivie et des outils adaptés »

Quelles sont vos valeurs de prévention chez Scania et comment vous adressez-vous aux managers sur le sujet ?

« Notre conviction au sein du Groupe Scania c’est que si nos collaborateurs se sentent bien et sont en bonne santé, ils seront bien dans leur travail !

En ce qui concerne plus particulièrement les addictions, nous savons que les managers peuvent être confrontés à une telle problématique. La genèse était donc qu’ils y soient préparés et nous avons voulu créer un dialogue entre les collaborateurs, les managers et la direction sur les conduites addictives. Nous voulions que les managers puissent aborder ce genre de discussion délicate avec leurs collaborateurs en étant armés pour le faire. C’est-à-dire en possédant les outils pour pouvoir orienter le collaborateur en cas de besoin.

Sur quels thèmes faites-vous de la prévention ? Comment cela se traduit-il ?

Nous travaillons sur plusieurs thèmes : la prévention des accidents avec une politique de formation des nouveaux arrivants, des opérateurs, des managers ainsi que sur tous les outils de prévention mis à disposition en industrie (analyse des risques, document unique…). Nous avons mis en place les échauffements avant le début de la production pour tous les départements opérationnels de logistique, production et qualité. En santé, nous promouvons aussi bien les bienfaits du sport que de l’alimentation, ou la prévention des conduites addictives.

Depuis combien de temps êtes-vous engagé dans la prévention des conduites addictives ?

La construction de l’accompagnement date de plus de 5 ans et s’est développée peu à peu. Aujourd’hui, nous avons une démarche en 3 phases.

  • Prévention primaire pour promouvoir, sensibiliser et éduquer les salariés sur le lien entre consommation de substances psychoactives, santé et vigilance ;
  • La prévention secondaire nous permet d’identifier les risques, de les évaluer et de mettre en place des mesures spécifiques pour les réduire ;
  • Et la prévention tertiaire nous permet d’accompagner les personnes en difficulté.

Nous avons le soutien d’un organisme extérieur pour la formation. Pour le reste, tout est géré en interne, avec notre médecin du travail et l’assistante sociale.

 

Quelles sont les addictions les plus fréquemment rencontrées chez Scania et existe-t-il des facteurs de risque propres à l’entreprise qui pourraient les déclencher ou les aggraver ?

Pour l’instant, nous avons uniquement réalisé des accompagnements en lien avec la dépendance à l’alcool.

Il n’y a pas de facteurs de risque propres à Scania. Nous sommes dans une entreprise de la métallurgie avec les mêmes problématiques que peuvent rencontrer les autres entreprises du secteur, et de l’industrie en général…

Plusieurs signaux peuvent nous alerter. Souvent ce sont des retards ou des absences répétées. Plus tard, des signes de détérioration physique d’un collaborateur, ou un comportement anormal. Et parfois, l’alerte vient des collègues.

Utilisez-vous des indicateurs pour suivre l’évolution des conduites addictives dans l’entreprise ? Avez-vous constaté une baisse de l’addiction ?

C’était l’objet de mon intervention sur le salon Préventica Nantes en mai 2022. Nous n’avons pas souhaité mettre en place d’indicateurs de « réussite ». L’impact sur l’accidentologie n’est pas mesurable et nous ne pouvons pas faire de prédictions à rebours, et répondre à la question « Y aurait-il eu plus d’accidents si nous n’avions pas mis cette politique en place ? ».

Notre objectif, c’est d’abord une démarche de bien-être au travail.

 

Lors de votre intervention à Préventica Nantes, justement, vous avez parlé de courage managérial. Pouvez-vous nous dire comment cela se traduit ?

Lorsque je parle de « courage managérial », cela veut évidement dire qu’il n’est pas facile pour un manager d’aborder ce genre de sujet avec un de ses collaborateurs. C’est pour cela que les formations distribuées au manager sont importantes et que nous avons mis à leur disposition des outils spécifiques.

Il est aussi plus facile de se sentir à l’aise pour prendre le sujet quand tous les collaborateurs sont sensibilisés. Chaque nouveau collaborateur se voit ainsi remettre un livret de santé, une plaquette qui reprend différentes informations sur la prévention du risque alcool au travail. Les articles du règlement interne qui parlent de ce sujet y sont cités. Et on explique également que chacun est acteur et a son rôle à jouer dans la prévention du risque « alcool et travail ». On informe des 3 phases de préventions qui existent et qui contacter en cas de besoin…

Reste que c’est le manager qui va faire face à la personne concernée, et cela demande du courage !

De nombreuses entreprises se lancent dans la prévention des conduites addictives uniquement lorsqu’un accident survient. Que pensez-vous de la prévention primaire, avant qu’il ne soit trop tard ? Comment la pratiquez-vous chez Scania ?

La prévention est forcément un des leviers lorsqu’une entreprise veut travailler sur les conduites addictives. Nous avons dans notre procédure des solutions pour les 3 phases de la prévention primaire, secondaire et tertiaire.

En ce qui concerne la prévention primaire, nous avons mis en place de nombreuses actions d’information (affichage, forum, intégration dans les supports généraux…) et de formation pour appuyer la prévention du risque lié aux pratiques addictives au travail. La formation en particulier avec une sensibilisation aux addictions pour tous les collaborateurs, une formation « accueil sécurité » pour chaque nouvel arrivant et une formation « manager la santé et la sécurité » destinée aux managers et représentants du personnel.

Nous avons aussi mis en place un plan de prévention avec des entreprises extérieures, nos sous-traitantes.

Y a-t-il un conseil particulier que vous donneriez à une entreprise qui souhaite se lancer dans la mise en œuvre d’une stratégie de prévention des conduites addictives ?

Une prévention efficace demande une procédure claire, une formation appropriée et une fiche de constat en cas de détection.

Il y a 3 points sur lesquels j’insisterais !

Tout d’abord avoir une direction engagée qui souhaite traiter le sujet dans son ensemble, c’est-à-dire sur les 3 volets de la prévention.

Les partenaires sociaux et la médecine du travail doivent être impliqués et leur rôle souligné.

Enfin, la formation de chaque collaborateur, quel que soit son niveau dans l’entreprise, est absolument nécessaire.

ESPER représente une véritable démarche complète sur la prévention des conduites addictives. C’est un engagement fort qui permet de structurer la mise en place d’une démarche de prévention des conduites addictives,  collective et individuelle.

Votre entreprise a signé la charte Esper, une initiative de la Mildeca pour les entreprises engagées dans la prévention des conduites addictives. Pouvez-vous nous parler de cette charte et pourquoi Scania y a adhéré ?

Nous avons choisi d’adhérer à cette charte car elle correspond complètement à notre engagement déjà bien amorcé de la prévention des conduites addictives dans notre entreprise. La signature de cette charte témoigne de notre engagement pour la promotion de la santé de nos collaborateurs et l’amélioration de la qualité de vie au travail. De plus, elle nous permet d’intégrer un réseau d’entreprises et de services publics engagés pour la prévention des conduites addictives.

(1) Frédéric Guibert est le responsable du pôle santé/sécurité chez Scania Production à Angers. Son équipe de 4 personnes comprend 2 ergonomes, 1 ingénieur sécurité et 1 coordinateur sécurité. L’usine compte aussi un service de santé autonome avec 1 médecin du travail et 2 infirmières à temps plein. Ensemble ils constituent le support en santé et sécurité.

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