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« Nous ne sommes plus dans une démarche de lutte, mais de prévention des conduites addictives en milieu professionnel » explique Cédric Bardin directeur HSE Brand France

Cédric Bardin est directeur hygiène, santé et environnement pour le groupe Brand France, qui loue et monte du matériel dans le secteur du BTP (tours d’étaiement, échafaudages, matériel d’accès en hauteur, nacelles roulantes, volantes…). Avec le PDG du groupe, il mène depuis plusieurs années une stratégie de prévention des addictions. Il nous en dit plus dans cette interview.

Quelles sont les problématiques liées aux conduites addictives dans votre entreprise et quelles en sont les conséquences sur votre activité ?

En 2015, un décès est malheureusement survenu. Un grutier, sous l’emprise de la drogue, a fait tomber des panneaux de coffrage qui se sont écrasés sur l’un de nos collaborateurs présents sur le chantier. Ce fut un choc ! Dans notre secteur d’activité, les facteurs de risque sont réels : manutention, travail en hauteur, intempéries, déplacements, collaborateurs issus de milieux défavorisés… Tous ces facteurs mis bout à bout peuvent mener à des conduites addictives. Le drame de 2015 a permis de voir les écueils de notre stratégie. Une stratégie uniquement centrée sur le contrôle ne fonctionne pas, car ce n’est pas une fin en soi. C’est un moyen. Nous avons donc changé d’approche et sommes passés à l’accompagnement de nos collaborateurs. Nous ne sommes plus dans une démarche de lutte, mais de prévention des conduites addictives en milieu professionnel, et cela correspond aux valeurs que souhaite porter Brand France. Pour conclure, l’enjeu n’est pas de se demander s’il existe des conduites addictives dans son entreprise mais bien comment les gérer ? Toutes les entreprises en ont et certaines choisissent de ne pas l’ignorer.

 Quelle stratégie avez-vous mis en place ?

 Il s’agit d’un travail collectif nous faisons appel à des collaborateurs de l’entreprise que nous appelons « correspondants prévention». Ils peuvent être comparé à des auditeurs dans leur rôle de conseil et d’expertise. Ils nous aident à bâtir et faire évoluer notre système de prévention, à récupérer de l’information et nous donnent des idées notamment sur la légitimité de parler de ce sujet avec les équipes. Cela permet de définir le cadre de la prévention et les points essentiels sur lesquels insister.

 Nous avons beaucoup communiqué en amont auprès des collaborateurs afin de les sensibiliser à la problématique des conduites addictives. Nous assurons un suivi. Et nous avons également mis en place un accompagnement personnalisé avec l’association Addictions France si l’un de nos collaborateurs souhaite se faire aider ou s’il a été dépisté positif.

 Quelles ont été les principales difficultés dans la mise en place de cette stratégie de prévention ?

 La principale difficulté, c’est la légitimité de l’entreprise à parler et agir sur les conduites addictives, un sujet encore tabou. Les collaborateurs peuvent se sentir mal à l’aise et estimer qu’il y a une limite entre la vie privée et la vie professionnelle, que ce n’est pas à eux d’intervenir s’ils détectent une conduite addictive. Il est donc primordial de communiquer sur le rôle de chacun dans l’entreprise et de véhiculer des valeurs de partage et de bienveillance. L’objectif c’est de faire en sorte que les salariés sachent qu’ils peuvent échanger librement sur les addictions et s’entraider si c’est nécessaire.

 Par ailleurs, il existe de nombreuses croyances sur les addictions. Par exemple, pour certains, c’est naturel de boire de l’alcool : un repas avec un client/fournisseur/entre amis ou collègues ne s’imagine pas sans une bière ou un verre de vin. En termes de prévention, toute la difficulté va être de décorréler la relation  sociale de la consommation d’alcool, de faire prendre conscience que le rendez-vous se passera aussi bien sans alcool. C’est un vrai défi.

 Enfin, certains managers peuvent craindre de voir 100 % de leurs effectifs positifs, s’ils effectuent des contrôles, alors que ces contrôles permettent d’agir en amont.

 Avez-vous ressenti des blocages ?

La direction redoutait de ne pas réussir à pérenniser la stratégie mise en place sur le long terme. Elle souhaitait éviter l’essoufflement ou encore la démotivation des collaborateurs. C’est pourquoi, nous allons créer avec Addictions France des points réguliers pour continuer à nous challenger et à être au fait sur le sujet. Les conduites addictives doivent être liées aux autres composantes de l’entreprise. Nous voulons montrer à nos collaborateurs par des actes forts qu’il ne s’agit pas d’une démarche de prévention ponctuelle, mais globale et installée sur la durée. Le parallèle entre risques psycho-sociaux et addictions peut être un moyen de penser cette démarche dans sa globalité. La prévention des addictions doit faire partie de notre ADN.

Quels ont été à court et long terme les bénéfices de cette stratégie ?

Nous sommes plus que satisfaits de la mise en œuvre de notre stratégie. A court terme, la journée de prévention que nous avons organisée a rencontré un franc succès. Un des collaborateurs est venu nous voir pour nous parler de ses difficultés à la suite de cette journée. Ça n’était jamais arrivé auparavant dans l’entreprise. Comme pour toutes les démarches, la pérennisation sur le long terme est plus complexe. Un changement de direction peut parfois revoir les priorités. Dès lors comment s’assurer que les collaborateurs vont continuer à se mobiliser ? C’est tout l’enjeu de notre collaboration avec Addictions France.

 Votre stratégie vous a-t-elle aidé à anticiper et atténuer les impacts ?

 Pour les collaborateurs, savoir que l’entreprise s’inscrit dans une démarche de prévention et de protection représente un bénéfice énorme. Nous avons eu beaucoup de retours positifs de la part des équipes. Cela instaure un climat de confiance propice à l’accompagnement.

 Un dernier mot à rajouter ?

 De crainte de ternir leur image, les entreprises n’osent pas aborder ce sujet. Au contraire, je pense qu’il faut en parler et agir. Il est de notre devoir d’aider les collaborateurs. La question n’est pas « Y a-t-il des conduites addictives chez nous ? Mais comment les gérer et aider ? ». Plutôt que d’attendre le drame qui déclenche la prévention. Parlons-en et dédramatisons le sujet.

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