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ALCOOL / Une lobbyiste du vin à l’Elysée : les acteurs de santé expriment leur vive inquiétude

Suite à la nomination d’Audrey Bourolleau, ancienne directrice générale de Vin et Société, comme « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » auprès du Président de la République, 17 associations et acteurs de santé publique tirent la sonnette d’alarme.

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Suite à la nomination d’Audrey Bourolleau, ancienne directrice générale de Vin et Société, comme « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » auprès du Président de la République, 17 associations et acteurs de santé publique tirent la sonnette d’alarme.

Audrey Bourolleau dirigeait depuis 2012 Vin et Société, association qui regroupe l’ensemble de la viticulture, et défendait, à ce titre, les intérêts de la filière à travers des stratégies de lobbying très offensives. Même si elle a démissionné de son association, les risques de conflits d’intérêts dans ses nouvelles fonctions ne peuvent être écartés. En vertu de la définition issue de la loi sur la transparence de la vie publique[1], l’apparence du conflit suffit en effet à le caractériser.

 

Pour les acteurs de santé publique, le risque est que la politique agricole et viticole se fasse au détriment d’une politique efficace de lutte contre les consommations nocives d’alcool. Preuve que cette inquiétude est fondée, la filière viticole s’était déjà réjouie de son rôle dans la campagne d’Emmanuel Macron et l’en avait remerciée[2]. Elle s’est aujourd’hui dite soulagée de sa nomination à l’Elysée[3].

 

Sans remettre en cause l’intégration de figures de la société civile au sein du gouvernement, la nomination d’Audrey Bourolleau pose plusieurs questions :

 

  1. L’alcool n’est pas un produit ordinaire. Comme vient de le rappeler un avis d’experts publié par Santé publique France et l’INCa, l’alcool comporte des risques pour la santé dès le premier verre.

 

  1. Les coûts pour la société liés aux consommations nocives d’alcool sont considérables : avec 50 000 décès par an, souvent prématurés (avant 65 ans), il s’agit de la 2ème cause de mortalité évitable après le tabac pour un coût social estimé à 118 milliards d’euros. Contrairement aux idées reçues, la taxation sur les alcools, qui rapporte environ 3,2 milliards d’euros par an, ne représente que 37 % du coût des soins (7,7 milliards).

 

  1. La filière alcool en France s’attache à minimiser les risques pour la santé ou, à tout le moins, à insinuer le doute. Reprenant des techniques éprouvées par l’industrie du tabac, la filière, à travers ses représentants Vin et Société et Avec Modération !, produit régulièrement des argumentaires visant à démonter les fondements scientifiques des études concluant à la nocivité de l’alcool.

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