“Bankerot“, 
une série en 8 épisodes de Kim Fupz Aakeson, 
diffusée sur ARTE à partir de juin 2020

Alcool
Addiction Alcool - “Bankerot“, 
une série en 8 épisodes de Kim Fupz Aakeson, 
diffusée sur ARTE à partir de juin 2020

C’est une histoire de bonne ou mauvaise affaire, mais peut-être aussi une affaire de bonne ou mauvaise volonté, d’amitié, d’amour et de paternité… Thomas et Dion sont des amis de longue date. L’un est cuisinier, et l’autre est sommelier. Mais quand la série démarre, tout ceci semble bien loin. Thomas vit dans un vieil entrepôt-atelier en ruine et… entrepose, entre autres, des vieux meubles et vieux frigos récupérés dans la rue, ceci dans l’objectif de les revendre, peut-être, un jour, à l’occasion… Thomas a perdu sa femme Rie il y a deux ans et doit s’occuper de son fils de neuf ans, Niklas, qui se mure dans le silence depuis que sa mère est morte dans un accident de la route. Thomas ne s’en sort pas, c’est le moins que l’on puisse dire. Il est menacé par la psychologue de l’école de son fils du placement de ce dernier à l’assistance publique s’il ne se reprend pas… Pour s’anesthésier et supporter l’idée que les perspectives d’avenir sont loin d’être réjouissantes, Thomas consomme régulièrement de l’alcool, généralement de la vodka qu’il boit au goulot de la bouteille. Quand on lui demande s’il s’est remis à picoler, Thomas nie en bloc et prétend ne plus avoir bu une goutte depuis huit ans… 

Dion, lui, sort à peine de prison pour tentative d’arnaque à l’assurance après avoir incendié un restaurant dont il n’était pas propriétaire. Il bénéficie d’une libération conditionnelle, mais a l’intention de fuir à l’étranger avec de faux papiers… Une nuit de dépannage chez Thomas avant de prendre l’avion, et le voilà embarqué, par la force des choses, dans le projet ambitieux d’ouvrir un restaurant avec son vieil ami dans cet entrepôt dépotoir peu engageant… Le problème est que Dion est cocaïnomane et qu’il doit de l’argent au gangster en costards cravate du coin, un grossiste qui se fait appeler La petite souris pour sa méthode toute personnelle de mettre à l’amende ceux qui ne suivent pas le droit chemin, à savoir bien entendu celui qu’il a tracé à son avantage dans le business illégal, celui, entre autres on imagine, du trafic de drogues… Dion ne peut plus fuir en Thaïlande, comme il l’avait planifié, et doit s’engager à régler sa dette à la petite souris en utilisant le restaurant pour blanchir l’argent du trafic, tout ceci bien entendu dans le dos de Thomas qui se trouve être le dindon d’une farce à la viande parfois indigeste… Les deux compagnons, qui ont en commun Rie, la femme de Thomas d’un côté, et la grande amie de Dion de l’autre (ou peut-être un peu plus…), se lancent dans l’aventure de la gastronomie avec, comme atouts de taille, le talent culinaire de l’un et l’expertise vinicole de l’autre… Vont se greffer à l’ouverture à venir du restaurant qui s’appellera “Le retour“ : une jeune femme, Hannah, qui a beaucoup d’amour à donner, une vie à s’inventer, et s’occupera des comptes ; un père en fauteuil roulant, impitoyable, dur en affaire et malhonnête qui, en investisseur roublard, met de l’argent dans l’affaire mais veut arnaquer son fils et imposer son menu et sa déco ; et enfin un vétéran de la guerre en Afghanistan, traumatisé par ce qu’il a vécu, a besoin de chaleur humaine et veut se rendre utile à tout prix… Dans les parages, rodent tout de même : un inspecteur de police dépossédé de son insigne mais qui s’acharne à mettre la main sur La petite souris et compte bien sur Dion pour qu’il lui en dise plus sur le trafiquant et l’aide à le mettre hors d’état de nuire ; une gardienne de prison (fille de l’inspecteur) qui avait jeté son dévolu sur Dion en détention et espère lui faire arrêter la cocaïne et les autres femmes depuis qu’elle est enceinte ; une agent de police chargée de faire faire régulièrement des tests urinaires à Dion qui espère, lui, s’en sortir en usant de ses charmes ou en substituant à son urine celle de Thomas ; et enfin un trafiquant à la dent longue, aux sévices faciles, ne sortant jamais sans son pied de biche, et se servant d’un restaurant pour blanchir ses revenus mais aussi planquer de la marchandise, avec l’accord ici d’une nourrice forcée…

Il faudra attendre la fin de la série pour que le restaurant ouvre victorieusement ses portes, après être passé par tous les états, en même temps que ses deux fondateurs et autres accompagnants… Les usages d’alcool et de cocaïne feront leur office pendant quelques épisodes en boostant d’un côté Dion dans les moments où il a besoin de courage, de confiance en lui et d’énergie, et en consolant Thomas quand il traverse une mauvaise passe, ce qui n’est pas si rare… Les consommations n’auront que peu d’impact sur l’intrigue. Elles accompagnent simplement le récit et des personnages confrontés tous les jours un peu plus au désespoir de voir un jour leur restaurant ouvrir, puisque telles étaient les aspirations de la femme de Thomas avant de mourir. Les substances endorment Thomas et réveillent Dion, mais ne les handicapent pas tant que ça. C’est essentiellement le fait que Dion soit en affaire avec des membres du trafic qui est le plus problématique ici… Beaucoup d’obstacles et de mensonges révélés se dresseront sur le chemin des deux compères à cause des implications et objectifs cachés des uns et des autres.. Bien entendu, la rédemption sera finalement au rendez-vous pour nous laisser penser que la réussite professionnelle est indissociable de l’abstinence. Subsisteront tout de même les plusieurs dizaines de litres de vin qui remplissent la cave du restaurant et que Thomas réussira à servir à ses clients sans qu’ils soient visiblement source de tentation… 

Thibault de Vivies

(article à paraître dans le numéro 16 de la revue DOPAMINE)

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