“Un alcool sans-culottes“ - Une lecture de l’essai de Michel Craplet : “ L’ivresse de la Révolution“ aux éditions Grasset

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Addiction Alcool - “Un alcool sans-culottes“ - Une lecture de l’essai de Michel Craplet : “ L’ivresse de la Révolution“ aux éditions Grasset

Et si, en 1789, l’usage de l’alcool avait fait, lui aussi, sa révolution ? Et si, pour y regarder de plus près et aller fouiller un peu plus en profondeur dans les décombres de l’Ancien Régime, mais aussi dans les récits des protagonistes de l’époque, nous faisions appel à un alcoologue ? Les historiens de la révolution n’ont visiblement pas toujours voulu dévoiler l’envers alcoolisé de ce moment de bascule, de peur de faire le jeu des anti-révolutionnaires toujours prompts à discréditer ce mouvement qui balaya en quelques mois la monarchie absolue à la française. Mais pourtant, tenter de cerner la place qu’occupait l’alcool dans ces événements cruciaux de la fin du XVIIIème siècle c’est simplement accepter l’idée que des paroles et des actes révolutionnaires peuvent être sous influence, ce qui n’a rien de monstrueux. Il faut accepter que l’alcool ait joué un rôle, bon ou mauvais, et qu’il n’y ait pas de mal à ça, au risque sinon de poursuivre ce mouvement de stigmatisation et même de diabolisation des buveurs.

Bien entendu, on entendra toujours cette petite ritournelle qui oppose “le bon buveur“ au “poivrot“, à savoir celui qui boit “trop“ par “manie“. Au-delà de l’usage, c’est l’ivresse qui est alors montrée du doigt, soit pour se moquer soit pour fustiger, surtout si cette ivresse est sujette aux débordements, ridicules ou violents. L’ivrognerie commence à déplaire et à gêner quand ce qu’elle invite à dire et à faire n’est plus approprié, porte atteinte aux bonnes mœurs, à l’intégrité physique des individus ou bouscule simplement le ou les interlocuteurs… Le sans-culotte ne s’est pas fait que des amis, certes, mais qu’il ait été ivre ou non ne change rien à ses besoins et envies de changement, sur leur rampe de lancement depuis quelque temps déjà. Quand le pain vient à manquer, c’est que le vin n’est pas au rendez-vous pour compenser…

L’alcool a pu, tout aussi bien, aider le peuple à se soulever, lui donner du courage, que lui troubler les sens, lui brouiller les idées, le rendre violent ou simplement l’endormir. D’où l’intérêt d’un tel produit pour chacun des deux camps, révolutionnaires et contre-révolutionnaires. Si bien que la part de responsabilité de la boisson dans la tournure qu’ont pris les événements, est difficile à calibrer. On peut tout de même faire un constat : la bouteille était bel et bien au rendez-vous de ces moments historiques, mais c’était loin d’être la première fois. Et ce ne sera sûrement pas la dernière, heureusement ou malheureusement… Michel Craplet donne à lire les témoignages, inévitablement partiaux, de celles et ceux qui étaient présents et de celles et ceux qui ont écrit cette histoire. Le regard de l’alcoologue et sa lecture des événements sous le prisme des usages immodérés d’alcool comblent quelques vides sans qu’une dernière goutte fasse déborder le vase du récit national. Juste ce qu’il faut pour éclairer quelques lanternes et se faire sa propre opinion. La légitimité de l’alcoologie dans cette approche historique est ici incontestable, puisque la discipline, comme l’explique l’auteur, dépasse largement le champ médical…

La suite de cet article de Thibault de Vivies vous est proposée en version PDF téléchargeable ci-dessous pour “en savoir plus“.

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