ALCOOL / Comment les lobbies ont gagné la bataille en France

Alcool / 23 avril 2018

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Addiction Alcool - ALCOOL / Comment les lobbies ont gagné la bataille en France

Depuis la loi Evin de 1991, on pourrait croire que la prévention de l’alcoolisme chez les jeunes est une priorité en France. Dans sa forme originale, la loi était d’ailleurs accompagnée d’outils efficaces pour atteindre les objectifs fixés, c’est-à-dire la protection des jeunes face à l’alcool et le tabac, notamment par l’application de règles précises en ce qui concerne le marketing commercial et son influence néfaste. Les différentes mesures limitaient fortement les supports qui pouvaient être utilisés à des fins publicitaires et empêchaient que l’alcool puisse être associé à un message « positif » (par exemple au sport). Par ailleurs, le contenu même des publicités était limité par la loi. Contrairement à ce qui est régulièrement suggéré par les lobbies de l’alcool et les industriels, il ne s’agissait pas de dispositions contre l’alcool, encore moins contre les producteurs. D’ailleurs, toutes les formes de promotion n’ont pas été prohibées : la presse n’était pas visée (hormis la presse jeunesse) et, dans les régions de production, les affiches et les enseignes sont restées autorisées, dans le souci de préserver le tourisme.

Pourtant, quelque part, quelque chose a raté. Aujourd’hui, en France, les chiffres à propos de l’alcoolisme ne cessent d’inquiéter les professionnels du milieu. L’alcool entraîne 49.000 décès par an en France et il est l’une des premières causes de mortalité chez les jeunes (1 décès sur 4 environ). Ce n’est donc pas anecdotique. Par ailleurs, l’âge moyen des premières ivresses en France est de 15 ans et le nombre de jeunes de moins de 17 ans qui boivent de l’alcool jusqu’à l’ivresse est resté en constante augmentation pendant longtemps. On constate depuis quelques années la progression de nouvelles formes de consommation chez les jeunes, notamment le « binge drinking » (alcoolisation ponctuelle importante), qui s’observe parfois dès l’âge de 13 ans !

Par ailleurs, d’après les derniers chiffres, 44% des mineurs de 17 ans (soit près d’un sur deux), déclarent au moins une alcoolisation ponctuelle importante (API) dans le mois, 16 % le faisant de manière répétée (au moins trois fois dans le mois). On notera toutefois que les chiffres semblent s’être stabilisés selon les dernières études et témoignent même d’une légère amélioration. Est-ce la conséquence de la loi Bachelot de 2009, qui mettait en place de nouvelles dispositions de lutte contre l’alcoolisme chez les jeunes ? Depuis, les opérations commerciales de type « happy hour » sont encadrées et les open bar interdits. Enfin, l’âge minimum requis pour acheter de l’alcool fut élevé à 18 ans (contre 16 auparavant). Mais comme nous le verrons plus loin, dans le même temps, la publicité sur internet a été libéralisée en matière d’alcool.

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