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ALCOOL / Faut-il traiter les cas de Binge Drinking sévère ?

Binje drinking 2Le Binge Drinking correspond au fait de boire de manière épisodique et en excès. En réalité, il existe de nombreuses définitions médicales, qui délimitent des acceptions plus ou moins larges du concept.

En théorie, les comportements de Binge Drinking n’ont rien à voir avec l’alcoolodépendance, trouble médical reconnu et nécessitant un traitement pharmacologique. D’ailleurs, chez les adolescents qui pratiquent plus ou moins occasionnellement le Binge Drinking, ces comportements disparaissent souvent spontanément entre 25 et 30 ans, avec l’entrée dans la vie active et la vie familiale. Cela ne veut évidemment pas dire que les pratiques de Binge Drinking ne comportent pas de risques.

 

Par ailleurs, on commence à séparer différents types de Binge Drinking, en particulier des comportements de binge sévères, avec intoxications alcooliques massives, et complications médicales et/ou sociales précoces. Ces formes de Binge Drinking, sont, on le sait désormais, associées à un pronostic global beaucoup plus sombre, notamment sur le plan addictologique. Ces formes, qui surviennent souvent avant l’âge de 18 ans, sont en effet à risque important d’évolution vers une dépendance précoce. En théorie, le Binge Drinking relève d’une stricte intervention médicosociale, car il ne constitue pas un trouble médical avéré. Mais, pour les formes les plus sévères, au vu des risques ultérieures, une intervention médicale plus soutenue, incluant un traitement pharmacologique, n’est elle pas nécessaire ?

Le problème est que les règles éthiques encadrant les essais cliniques ont longtemps exclus les mineurs de toute étude scientifique. Or, qui dit absence d’étude scientifique dit absence d’autorisation de mise sur le marché. Ce « bon sens » éthique a ainsi exclu les enfants et adolescents de très nombreuses recherche médicamenteuses, ce qui a amené à une situation actuelle où de très nombreux traitements sont utilisés chez les mineurs « hors-AMM », c’est-à-dire sans garantie d’efficacité ni de sécurité. Cela expose les enfants et les adolescents à des risques et ainsi à des problèmes éthiques qui sont au moins aussi épineux que ceux pour lesquels on a longtemps exclu ces populations de toute recherche biomédicale. Depuis une petite dizaine d’années, le monde de la réglementation médicamenteuse fait machine arrière. Le Comité Pédiatrique de l’Agence Européenne du Médicament, basé (pour l’l’instant) à Londres, a plusieurs fois statué sur le fait qu’il fallait étendre les questions de recherche médicamenteuses aux mineurs afin d’échapper à des prescriptions hors-AMM tous azimuts.

La question du traitement de formes précoces et sévères de Binge Drinking n’est plus taboue. Dans cet article de la revue CNS Drugs, Benjamin Rolland et Mickael Naassila (Unité Inserm Eri24, Amiens), reprennent ces points scientifiques et réglementaires, et proposent une synthèse de la littérature existante sur hors-AMM, en notant au passage que le traitement ayant le plus haut niveau de preuves dans les troubles d’usage hors-dépendance est la naltrexone. Ils soulignent également que les formes de Binge Drinking sévères devraient être définies en fonction des complications médicales et sociales présentes, notamment avec l’usage des critères nosographiques du DSM, et non sur l’utilisation de simples seuils de consommation qui ne signifient en réalité rien de précis. En pratique, cette évaluation n’est quasiment jamais suivie ni dans les études sur le Binge Drinking, ni dans la pratique clinique quotidienne.

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