» retour

ALCOOL / Y’a t’il un lien entre consommations modérées et Syndrome d’Alcoolisation Fœtale

Ces derniers jours, à la suite du congrès sur le Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) et des préconisations de Santé Publique France « Zero alcool pendant la grossesse », une polémique a éclaté sur les réseaux sociaux :

La campagne « zéro alcool » 2017 du ministère de la Santé

De nombreuses femmes se sont senties infantilisées et culpabilisées par ce message jugé simpliste et exagéré (« dressage des femmes par la peur » « terroriser les femmes plutôt que de les informer » « pas de preuves de dangerosité des faibles consommations »).

Quelles sont les données irréfutables ?

  • L’alcool a une toxicité embryofoetale certaine et reconnue : l’alcool traverse la barrière placentaire et l’alcoolémie du fœtus est la même que celle de la mère. Mais le fœtus ne dispose pas de la possibilité de détoxication par le foie. L’alcool vient donc interagir directement avec le développement cérébral.
  • Cette toxicité est dose/dépendante, et vraisemblablement exponentielle avec l’augmentation des doses : la consommation régulière et les consommations massives sont responsables du syndrome d’alcoolisation fœtale avec les modifications morphologiques (en particulier sur le visage), les altérations cardiovasculaires et les troubles du développement cérébral. A doses plus modérées, il n’y a pas de modifications visibles du visage ou des organes, mais il y a un retard mental (de léger à moyen), des troubles du comportement et un risque accru de dépendance.
  • Dans la recommandation de la HAS d’Avril 2015, il est montré que l’abus d’alcool a des effets néfastes sur le fœtus, mais que les effets d’une consommation modérée sont insuffisamment déterminés.
  • Il existe une relation dose/effet sans possibilité de définition de seuil : Il n’est pas possible de définir une dose minimale d’alcoolisation sans conséquences sur le fœtus.

Ces éléments doivent donc amener les autorités de santé et les sociétés scientifiques à prendre ces positions de prudence. Ceci n’est pas contestable sur le plan des préconisations de santé publique.

En revanche, sur le plan individuel la question peut être abordée sous différents angles :

Dans le cadre de la relation d’un médecin avec sa patiente, il ne saurait être question de culpabiliser mais d’accompagner en particulier les femmes en difficulté avec l’alcool (toute diminution de consommation entraînant une diminution des risques).

Le médecin se doit donc d’informer du risque potentiel et du fait que l’on ne peut pas définir de seuil de consommation sans risques. Il est vraisemblable que des consommations limitées et épisodiques ne représentent pas un danger certain.

Toutefois, une étude récente parue dans le JAMA pediatrics montre que des éléments symptomatiques des modifications caractéristiques du visage peuvent être retrouvés chez des bébés exposés à l’alcool durant la grossesse même à plus faible dose. (Voir l’article sur le sujet)

Les auteurs ont analysé la morphologie faciale de 415 enfants nés dans des maternités accueillant des grossesses à bas risque. Recrutées au début de la grossesse, les mères indiquaient leur consommation (fréquence, quantités, types d’alcool) dans les trois mois précédant la grossesse, puis tout au long de celle-ci. À 1 an, le visage et le crâne des bébés étaient photographiés en 3 dimensions. Ils ont eu la surprise de retrouver, même chez les enfants faiblement exposés (moins de 7 verres par semaine et jamais plus de 2 verres en une occasion) et même si les mères avaient cessé de boire au cours du 1er trimestre de grossesse, des traits caractéristiques du syndrome d’alcoolisation fœtale en particulier «autour du milieu du visage, du nez, des lèvres et des yeux», écrivent les auteurs. Ces modifications morphologiques étaient fines et tellement subtiles qu’elles n’étaient pas détectables à l’œil nu.

 

Il est raisonnablement logique de penser que parallèlement à ces altérations de l’ossature du visage, non perceptibles à l’œil nu, des altérations du développement cérébral se mettent en place. Ces données récentes, qui se rajoutent à l’analyse précédente nous paraissent devoir être portés à la connaissance des futures mamans sans pour autant les infantiliser. Ces éléments nous paraissait utiles à apporter à ce débat passionel pour essayer d’y apporter un peu de raison scientifique.

 

  • Partager l'article sur

A consulter aussi