Caractéristiques et trajectoires des jeunes adultes admis aux urgences pour intoxication alcoolique aiguë

Une étude suisse parue dans le Journal of Addiction Medicine

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Addiction Alcool - Caractéristiques et trajectoires des jeunes adultes admis aux urgences pour intoxication alcoolique aiguë

Image par valelopardo de Pixabay

On estime qu’environ 30% de toutes les admissions aux urgences sont de près ou de loin en rapport avec un mésusage d’alcool. De la même façon, 80% des Intoxications Alcooliques Aiguës (IAA) admises aux urgences concernent les patients présentant une dépendance à l’alcool[1]. Chez les jeunes de moins de 25 ans, les IAA sembleraient de plus en plus fréquentes.

Il s’agit d’un motif régulier d’admission aux urgences pour les jeunes adultes. L’IAA est associée avec un risque élevé de développer une alcoolodépendance ou une pathologie psychiatrique. On sait que les patients alcoolodépendants ont une utilisation plus intensive du système de soins mais on connaît moins bien les caractéristiques potentiellement associées avec une réadmissions aux urgences chez les jeunes adultes admis pour IAA.

L’objectif de l’étude réalisée par nos collègues lausannois Adam et coll. a été d’évaluer dans une cohorte de jeunes adultes admis aux urgences, en raison d’une IAA, la proportion qui était réadmise aux urgences ou hospitalisée en psychiatrie ainsi que les caractéristiques associées à ces hospitalisations. Durant 2 ans, entre 2006 et 2007, sur 2161 patients admis aux urgences du centre hospitalier universitaire de Lausanne pour IAA, 630 patients ont été inclus (âgés de 18 à 30 ans, résidant dans le canton de Vaud). La proportion de patients réadmis aux urgences ou hospitalisés en psychiatrie (3 des 4 établissements psychiatriques du canton de Vaud font partie du CHU de Lausanne) a été évaluée durant 5 ans et demi. Les caractéristiques des patients, lors l’admission initiale aux urgences, ont été évaluées grâces aux données administratives et médicales enregistrées.
 L’association entre les caractéristiques des patients lors du recueil initial et lors de la réadmission a été évaluée avec des analyses de régression multivariées.

Les résultats de cette étude vont parfaitement dans le sens du constat empirique que font beaucoup d’urgentistes, de psychiatres travaillant en milieu d’urgences, ainsi que des ELSA intervenant en post-urgences. : ces patients sont malheureusement souvent des « habitués » des hôpitaux. Environ 60 % des patients ont été à nouveau admis en hospitalisation dans les suites d’une IAA : 13,8 % des patients aux urgences en raison d’une nouvelle intoxication alcoolique aiguë, 17,9 % des patients en psychiatrie. Parmi les caractéristiques initiales de ces patients on retrouvait, un trouble du comportement (urgences OR 1,69, psychiatrie OR 3,92), une pathologie mentale (urgences OR 4,56, psychiatrie OR 3,92), et le sexe féminin (urgences OR 1,65). Ainsi, cette étude démontre que parmi les jeunes adultes admis aux urgences pour IAA, les réadmissions aux urgences ou en psychiatrie sont nombreuses.
b La présence de pathologies mentales, une antériorité d’hospitalisation pour IAA, un trouble du comportement sont des facteurs de risques accrus soit de récidive d’IAA avec nouvelle admissions aux urgences soit d’hospitalisation ultérieure en psychiatrie. Les femmes semblent particulièrement à risque de récidive d’IAA.

Ce que cette étude apporte pour la pratique clinique est qu’il pourrait être intéressant de prendre en compte ces caractéristiques lors de la prise en charge initiale d’un patient présentant une IAA et de mettre en place d’emblée des soins spécifiques.

Cela permet par la même occasion de souligner l’importance des ELSA aux urgences et la nécessité d’une prise en charge coordonnée avec les équipes de liaison psychiatrique. Enfin, cette étude met indirectement en avant le concept de « troubles duels », associations de troubles psychiatriques et addictologiques, dont on comprend aujourd’hui que le tout est supérieure à la somme des parties en matière de sévérité globale, de pronostic, de complications médicales et de répercussions psychosociales associées.

Par

Charles LESCUT

Benjamin ROLLAND

 

[1] Pour plus d’information sur ces chiffres, consulter Brousse G, et al. Alcool et urgences. Presse Med. (2018) ; https://doi.org/10.1016/ j.lpm.2018.06.001

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