Conduite en état d’alcoolisation : aussi l’affaire des femmes ?

Alcool / 7 mars 2018

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Addiction Alcool - Conduite en état d’alcoolisation : aussi l’affaire des femmes ?

Les femmes sont de plus en plus fréquemment impliquées dans des accidents de la route parfois mortels, sous l’effet de l’alcool. Les données criminologiques indiquent de la même manière que la nombre de femmes arrêtées pour conduite en état d’alcoolisation (CEA) est en croissance. Pourtant, à la différence des hommes, il existe assez peu de données sociodémographiques et psychiatriques concernant les femmes arrêtées pour CEA.

Cette étude américaine a comparé deux groupes de femmes récemment condamnée pour CEA. Pour 36 d’entre elles il s’agissait d’un épisode unique. Pour 62 autres, il s’agissait de CEA en récidive. Un entretien téléphonique a été réalisé, évaluant le profil sociodémographique, les modalités d’usage de l’alcool et ses conséquences négatives, les comorbidités psychiatriques, les traitements médicamenteux, et les éventuelles violences conjugales.

Les femmes interrogées étaient âgées de 21 à à 52 ans, les femmes présentant plusieurs CEA étaient en moyenne plus âgées et moins insérées dans un emploi que les autres. Soixante-dix-sept pourcents avaient au moins 1 enfant, et 58% étaient divorcées ou séparées. Leurs revenus étaient plutôt faibles. L’ensemble des femmes présentaient un trouble de l’usage d’alcool (TUAL), mais il était plus sévère chez celles qui avaient expérimenté plusieurs CEA (intensité des symptômes, durée du TUAL). Trois quart d’entre elles avaient pu accéder à des soins spécialisés en addictologie, la moitié avait bénéficié de soins psychiatriques (pour état de stress post-traumatique ou dépression majoritairement). C’était en particulier le cas en cas de récidive de CEA. Elles avaient été exposées à des violences physiques et sexuelles (40% et 25,5% respectivement). Les femmes en récidive de CEA présentaient un taux significativement plus important d’histoire familiale d’alcoolisation, mais aussi d’accusation contre elles-mêmes de violence sur enfant. Bien que le niveau de santé perçu soit plutôt bon dans chacun des groupes, le taux de blessure et de maladie (notamment traumatismes crânien et cancer) était élevé, notamment dans le groupe récidive. Leur environnement était peu protecteur : conjoint consommateur dans plus de 50% des cas en moyenne (36% dans le groupe CEA, et 68 dans le groupe CEA en récidive), mais le taux de violence intraconjugale était identique (61% verbale, moins de 20% physique, 27% de coercition sexuelle). Les femmes en récidive de CEA était significativement plus violente vis à vis de leur conjoint (38% vs 15%). Enfin, le réseau relationnel était plus réduit chez les femmes en récidive de CEA, et leurs réseaux amicaux étaient plus marqués par des consommations problématiques d’alcool. Les mesures concernant le contexte de vie (statut marital, nombre d’enfants, traumatismes dans l’enfance) n’étaient pas associées au nombre de CEA.

La répétition d’épisodes de CEA chez les femmes est donc principalement associé à la sévérité du TUAL. La récidive n’est pas sous l’influence du contexte de vie lui-même (violence domestique, problèmes psychiatriques et contexte familial. Les auteurs suggèrent d’explorer chez ces femmes plus spécifiquement les antécédents de traumatisme crânien, le réseau socio-familial, et le contexte de vie infantile, qui pourraient être des cibles de prévention.

 

Par Nicolas Cabé 

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