Écrans – Les proches

Parents inquiets sur l’usage des écrans par leur enfant : quelques conseils pratiques

Le rapport « Enfant & écrans : à la recherche du temps perdu », remis au président de la République en 2024 à sa demande, a été rédigé par une commission constituée d’experts issus de la société civile, co-présidée par Servane Mouton, neurologue, et Amine Benyamina, psychiatre addictologue, président d’Addict’AIDE, afin d’évaluer les enjeux attachés à l’exposition des enfants aux écrans et de formuler des recommandations.

La commission a émis 29 recommandations déclinées en mesures opérationnelles à partir des constats suivants :

  • une exposition massive et précoce des enfants aux écrans et au numérique dans le cadre familial et scolaire, mais aussi dans l’espace public et via leur usage propre,
  • des conséquences néfastes majeures sur leur santé proportionnelle à la quantité d’usage et du fait d’un accès non maîtrisé aux différents contenus.

Accès et usage des écrans en fonction de l’âge

Parmi les 29 recommandations formulées par la commission figurent des repères particulièrement utiles pour les parents soucieux d’accompagner leurs enfants et adolescents dans le monde numérique, pour les protéger de pratiques inappropriées à leur âge, et les conduire vers une autonomie numérique progressive :

Avant 3 ans : pas d’exposition aux écrans,

  • Jusqu’à 6 ans : déconseiller l’usage des écrans – l’usage des écrans doit rester fortement limité, occasionnel, avec des contenus à qualité éducative, et accompagné par un adulte,
  • Après 6 ans : tendre vers une exposition modérée et contrôlée, qui trouve sa juste place parmi des activités qui doivent être diversifiées et variées pour le développement des enfants et des adolescents.La commission propose ainsi d’autres âges « repères » pour l’accompagnement progressif de l’autonomie numérique :
  • Avant 11 ans, pas de téléphone portable,
  • A partir de 11 ans, si l’enfant dispose d’un téléphone, il est recommandé que celui-ci ne puisse pas être utilisé pour se connecter à Internet,
  • A partir de 13 ans, s’il dispose d’un téléphone connecté, il ne doit pas permettre d’accéder aux réseaux sociaux ni aux contenus illégaux,
  • A partir de 15 ans, âge symbolique de la majorité numérique, l’accès aux réseaux sociaux doit rester limité à ceux pourvus d’une conception éthique.

Ces recommandations de bonnes pratiques éducationnelles au numérique sont globalement partagées par la population française, avec une forte demande de régulation des écrans au bénéfice des plus jeunes.

Ainsi, selon le Baromètre 2024 MILDECA-Harris Interactive :

  • 90% des Français sont favorables à l’interdiction des écrans dans les espaces collectifs de petite enfance,
  • 84% sont prêts à renoncer à l’achat d’un téléphone portable avec ou sans accès internet à un enfant avant l’âge de 11 ans,
  • 75% sont favorables à une restriction de l’usage des écrans dans les lycées,
  • 73% sont favorables à l’interdiction des réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans.

Aider l’enfant, l’adolescent, à développer une autonomie saine et critique

Au-delà des repères d’âge, qui ne suffisent plus à couvrir la complexité actuelle des usages, il est important d’accompagner plutôt que d’interdire, de comprendre plutôt que de juger, de co-construire plutôt que de contrôler. L’enjeu n’est pas seulement de limiter les écrans, mais d’aider l’enfant à développer une autonomie numérique saine et critique, ancrée dans la vie réelle. Voici 6 conseils pour y parvenir :

Adopter une posture éducative plutôt que culpabilisante

Avant tout, il est important de déculpabiliser les parents : les écrans font partie intégrante du monde des enfants, il ne s’agit donc pas de bannir mais d’accompagner. Ainsi, il faut tenter de comprendre ce que l’enfant fait sur les écrans, pourquoi il les utilise, et ce que cela lui apporte.

L’important, ce n’est pas seulement le temps d’écran, mais ce qu’on en fait, avec qui, et à quel moment. La posture éducative vise à construire des règles partagées, co-construites avec l’enfant qui doit être impliqué dans la définition des limites pour favoriser une meilleure adhésion.

Aider à réguler le temps sans diaboliser

Il est important d’identifier les usages essentiels (devoirs, apprentissages) à préserver, et les usages secondaires (visionnage passif) à limiter, et de mettre en place des temps sans écran clairement définis (repas, avant le coucher, moments familiaux).

Mais il est tout aussi important de proposer des activités de substitution attractives (bricolage, cuisine, sorties, jeux de société…) et de donner l’exemple (les enfants ont tendance à imiter les comportements numériques de leurs parents). L’objectif n’est pas le “zéro écran”, mais un usage équilibré et conscient.

Favoriser un usage actif, créatif et social des écrans

Les écrans peuvent être sources d’expression et d’apprentissage, s’ils sont bien utilisés. Ainsi, il peut être intéressant d’encourager la création (vidéos, musique, dessin numérique, codage simple) plutôt que la consommation, l’exploration de contenus de qualité (documentaires, jeux éducatifs, ressources culturelles), ou l’utilisation des écrans comme supports de partage : regarder ensemble, commenter, réfléchir. L’écran peut alors devenir enrichissant quand il est interactif, collaboratif et encadré.

Identifier les besoins sous-jacents à l’usage excessif

Souvent, l’écran n’est pas le problème mais le symptôme indirect d’un ennui, d’un stress, d’un mal-être, d’un besoin de reconnaissance… L’enfant y trouve une compensation émotionnelle.

L’aider à identifier ces besoins et à trouver d’autres réponses (jeu libre, relation sociale, activité physique) est plus durable que de simplement restreindre le temps d’écran.

Encourager la pensée critique et le développement des compétences numériques

Dès le plus jeune âge, il est important d’expliquer la publicité, les algorithmes, les « fake news », le harcèlement en ligne. Pour développer l’esprit critique, ne pas hésiter à interroger l’enfant : “Qui parle ? Pourquoi ? Que veut-on lui faire ressentir ?”, et à décrypter avec lui les pièges dans lesquels il pourrait tomber.

Il est également important de former les enfants à gérer leur identité numérique (vie privée, mémoire d’internet…) pour leur apprendre à se protéger. L’éducation au numérique est aujourd’hui devenue aussi importante que la lecture ou les mathématiques.

Construire un cadre familial cohérent

Il est important d’établir des règles d’usage dans le cadre familial (durées, horaires et lieux autorisés, comportements attendus ou interdits…), et que les deux parents (le cas échéant) soient sur la même longueur d’onde afin d’éviter les messages contradictoires.

Il est aussi important de ré-évaluer régulièrement le cadre et de l’ajuster selon l’âge, la maturité, les besoins de l’enfant ou de l’adolescent.

Des ressources utiles pour les parents

Il existe plusieurs ressources pour vous aider en tant que parents :

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