Et s’il était possible de concilier la bonne santé des Français et celle de la filière vitivinicole ? » Partie 1

Alcool
Addiction Alcool - Et s’il était possible de concilier la bonne santé des Français et celle de la filière vitivinicole ? » Partie 1

[Première partie] Un regard nouveau sur la consommation d’alcool

Sur 35 pays, selon l’OCDE, la France est le 3ème pour sa consommation d’alcool. La moyenne par habitant de plus de 15 ans y est de 11,7 litres d’alcool pur par an selon l’OCDE (et de 12.6 litres selon l’OMS)[2]. La France se retrouve désormais devant la Russie, pays qui a diminué sa consommation de près de la moitié en 15 ans en appliquant les mesures efficaces préconisées par l’OMS. Durant ces 10 dernières années, celle de la France a cessé de décroître et est restée stable. Cette situation insupportable, source de dommages considérables pour de nombreux Français, s’explique très bien. La France n’applique pas les mesures préconisées par l’OMS alors qu’elles seraient surtout efficaces pour les 10 millions de consommateurs excessifs : 6 millions de consommateurs à risques et problématiques et 4 millions de dépendants. Elles ne sont hélas pas incluses dans le Plan National de Mobilisation contre les Addictions 2018-2022. Et c’est pourquoi la France se retrouve à nouveau dans le trio de tête.

 Or une autre politique est possible et indispensable : loin de la caricature des positions « hygiénistes » et « prohibitionnistes », ultime défense du lobby de l’alcool, elle peut concilier intérêts de santé publique et avenir de la filière vitivinicole française.

Elle exige cependant un regard nouveau sur la consommation d’alcool, sur l’économie vitivinicole, et une ouverture à des solutions qui ont fait leurs preuves ailleurs.

Une présentation plus explicite des consommations d’alcool et de vins est nécessaire pour comprendre le problème

Les chiffres communément rapportés sont de 11,7 litres d’alcool pur par an et par Français de plus de 15 ans, correspondant à la consommation moyenne de 2,7 verres par jour. Ils ne permettent pas d’apprécier la réalité de la situation. Ni donc de mobiliser les actions appropriées. En effet, 10 millions de français de plus de 15 ans, soit 20% de la population, consomment 80% de l’alcool vendu  (voir aussi l’étude de Richard JB, Andler R, Cogordan C, Spilka S, Nguyen-Thanh V) Ces chiffres sont confirmés par la dernière publication de Santé Publique France.

1 verre = une unité d’alcool pur

Nous proposons d’autres indicateurs plus explicites : le nombre de verres consommés par catégorie de buveurs.

25% des Français – soit 12,5 millions de personnes des deux sexes – ne consomme pas d’alcool.

55% des Français – soit 27,5 millions de personnes – consomme 4.36 litres d’alcool pur par an en moyenne, soit 4 360 unités, correspondant à une consommation quotidienne de 1,2 unité d’alcool par jour. Cette deuxième tranche consomme modérément et se trouve en dessous des repères de consommation à risque conseillés par Santé Publique France (un maximum de 10 unités par semaine) ;

Les efforts de prévention devraient donc être dirigés, en priorité, vers les 10 millions qui, eux, consomment au-delà des repères de consommation à risque de Santé Publique France. Une meilleure compréhension des enjeux passe par une représentation claire des comportements de consommation des deux catégories qui concentrent les dommages : les consommateurs à risques, problématiques (12%), et les alcoolodépendants (8%).

12 % des Français – soit 6 millions de personnes – consomme 30 litres d’alcool pur par an en moyenne soit 8,21 unités par jour qui correspondent à peu près à une consommation quotidienne de 5 verres de vin + 2 bières (25cl) + un verre de spiritueux (4 cl whisky, pastis, cognac…) ;

8% des Français – soit 4 millions de personnes – consomme 75 litres d’alcool pur par an en moyenne soit 20.5 unités par jour qui correspond à une consommation quotidienne de 12 verres de vin + 4 bières (25cl) + 4 verres de spiritueux (4cl)

Cet article est une analyse plus détaillée de la tribune de Michel Reynaud et Jean-Pierre Thierry parue dans le Figaro.

 

À lire aussi