Cet article examine l’évolution de l’usage du cannabis chez les adolescents en Californie sur une période de 14 ans, en lien avec deux événements majeurs : la légalisation du cannabis à usage récréatif et la pandémie de COVID-19. Les auteurs partent du constat que le cannabis est la substance illicite la plus consommée chez les adolescents aux États-Unis et qu’un usage précoce est associé à de nombreux effets négatifs, notamment sur le plan cognitif, psychiatrique et scolaire. Dans ce contexte, comprendre l’impact des politiques publiques et des bouleversements sociaux majeurs sur ces usages constitue un enjeu important pour la prévention et l’organisation des soins.
L’étude repose sur un échantillon particulièrement large, avec plus de 1,3 million de questionnaires recueillis entre 2011 et 2024 auprès d’adolescents âgés de 13 à 17 ans, dans un système de soins intégré en Californie du Nord. Ces données proviennent de dépistages systématiques réalisés lors de consultations pédiatriques, ce qui constitue un point fort méthodologique important, limitant les biais de sélection. L’analyse repose sur une approche en séries temporelles interrompues, permettant d’évaluer les changements de tendance associés à des événements précis : le vote de la légalisation en 2016, l’ouverture des points de vente légaux en 2018, puis le début de la pandémie en 2020.
Avant la légalisation, une tendance nette à la baisse de l’usage de cannabis était observée, avec une diminution progressive de la proportion d’adolescents déclarant une consommation au cours de l’année écoulée. Cette tendance s’inverse au moment du vote de la loi en 2016, avec une augmentation progressive des taux d’usage. Il est notable que cette augmentation ne se manifeste pas sous forme d’un changement brutal, mais plutôt d’une modification de la pente, suggérant un processus graduel. Les auteurs interprètent ce phénomène comme le reflet de changements sociétaux, notamment une normalisation accrue du cannabis, une diminution de la perception des risques et une réduction des sanctions légales pour les mineurs. L’ouverture effective des points de vente en 2018 ne s’accompagne pas d’une rupture majeure supplémentaire, mais la tendance à la hausse se poursuit de manière modérée jusqu’en 2020.
À la veille de la pandémie, les taux d’usage avaient ainsi retrouvé, voire dépassé, les niveaux observés avant la phase de décroissance initiale. Cependant, le début de la pandémie de COVID-19 marque une rupture importante, avec une diminution significative de la consommation déclarée. Cette baisse est observée à la fois en niveau et en tendance, et se poursuit dans les années suivantes, conduisant à des niveaux d’usage en 2024 comparables à ceux observés avant la légalisation. Cette évolution est particulièrement intéressante dans la mesure où elle intervient dans un contexte de dégradation de la santé mentale des adolescents, ce qui suggère que les facteurs expliquant la baisse de consommation ne sont pas directement liés à une amélioration du bien-être psychique.
Les auteurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer cette diminution : la réduction des interactions sociales liée aux confinements, l’augmentation de la supervision parentale, ainsi qu’un accès plus limité aux substances. Ces facteurs auraient joué un rôle important, en particulier dans les premières phases de la pandémie, mais la persistance de niveaux relativement bas après la levée des restrictions suggère également des changements plus durables dans les comportements ou les normes sociales.
L’analyse par âge montre que les adolescents les plus âgés présentent des niveaux de consommation plus élevés, ce qui est cohérent avec la littérature, mais que les variations observées au cours du temps sont globalement similaires entre les différents groupes d’âge. Les analyses de sensibilité confirment la robustesse des résultats, bien que les auteurs reconnaissent plusieurs limites importantes. Parmi celles-ci figurent l’absence de groupe contrôle, la dépendance à des données auto-déclarées, le manque d’informations sur la fréquence ou les modes de consommation, ainsi que la possible évolution de la sincérité des déclarations après la légalisation.
Un autre point important est que les données proviennent d’un système de soins spécifique et peuvent ne pas être entièrement généralisables à l’ensemble de la population, notamment aux adolescents non suivis médicalement ou vivant dans d’autres contextes réglementaires. Malgré ces limites, la taille de l’échantillon, la durée de suivi et la qualité des données confèrent une grande solidité aux résultats.
Au total, l’étude met en évidence une sensibilité importante des usages de cannabis chez les adolescents aux changements de contexte politique et social. La légalisation semble associée à une augmentation progressive de l’usage, probablement via des mécanismes de normalisation et d’accessibilité, tandis que la pandémie a eu un effet inverse, en réduisant les opportunités de consommation. Ces résultats soulignent la nécessité d’un suivi attentif des politiques de légalisation et de la mise en place de stratégies de prévention adaptées, en particulier chez les jeunes. Ils suggèrent également que les comportements de consommation ne dépendent pas uniquement des politiques publiques, mais aussi de facteurs sociaux plus larges, parfois imprévisibles, qui peuvent profondément modifier les dynamiques d’usage.
Article résumé par ChatGPT avec relecture et corrections par Benjamin ROLLAND.
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