Fumer à moitié ? Impact des cigarettes à faible teneur en nicotine dans les populations à risque aux USA

Aux Etats-Unis, un nouvel axe stratégique émerge et propose de diminuer la teneur en nicotine des cigarettes afin d’en réduire le potentiel de dépendance.

Tabac

 

 

L’addiction au tabac est un problème de santé publique dans beaucoup de sociétés. Elles ont chacune cherchées à élaborer des politiques de santé pour en diminuer l’impact, en particulier chez les sujets les plus vulnérables. Aux Etats-Unis, un nouvel axe stratégique émerge et propose de diminuer la teneur en nicotine des cigarettes afin d’en réduire le potentiel de dépendance. Cette idée n’est pas nouvelle, Benowitz et Henningfield l’évoquaient déjà il y 20 ans. Ils postulaient que la dose seuil de nicotine pour en augmenter les effets perçus, un indicateur primaire du potentiel de dépendance, était d’environ 0,7 mg/g de tabac. Cette hypothèse est aujourd’hui appuyée par les résultats d’études menées chez des fumeurs sans comorbidités par la FDA (Food and Drug Administration) qui montrent que la réduction à des niveaux très bas de la teneur en nicotine dans les cigarettes en réduit le potentiel de dépendance, sans augmentation du nombre de cigarettes consommées contrairement aux cigarettes dites « légères ».

 

L’étude de Higgins et collaborateurs propose donc d’évaluer l’impact de cette politique de réglementation sur des populations de fumeur particulièrement vulnérables qui n’avaient pas été spécifiquement étudiées jusque-là, et chez qui la dépendance au tabac est très présente. Ils ont considéré 3 groupes : les sujets souffrant d’un trouble de l’humeur, ceux présentant une addiction aux opiacés, et enfin les femmes socio économiquement désavantagées en âge de procréer (pour le risque de consommation au cours de la grossesse). La prévalence de consommation du tabac dans ces 3 populations est supérieure à celle de la population générale aux USA (21%). Elle est de 32,2 % chez les personnes atteintes de troubles de l’humeur, 92,2 % chez les personnes dépendantes aux opioïdes et 29,5 % chez les femmes défavorisées en âge de procréer.

 

169 patients ont été inclus dans cette étude qui a évalué le potentiel de dépendance au tabac grâce à une tache à choix simultanés, la Cigarette Purchase Task (CPT) et les effets ressentis par la Minnesota Nicotine Withdrawal Scale (MNWS). Les sujets ont été exposé à différents dosage en nicotine : 0.4, 2.3, 5.2, et 15.8 mg/g de tabac. Ils ont observé que la réduction de la teneur en nicotine des cigarettes a diminué les effets de renforcement relatifs du tabagisme dans les trois populations. Cette diminution était particulièrement retrouvée pour la dose à 0,4mg vs 15,8 mg. Il n’y avait par ailleurs pas de symptômes de sevrage, de craving, ou de tabagisme compensatoire. Lors de l’augmentation du « coût » pour récupérer le dose maximale vs la dose de à 0,4 mg, cette dernière était privilégiée.

 

Ces résultats suggèrent qu’une politique de santé publique axée sur la diminution de la teneur en nicotine dans les cigarettes pourrait réduire le potentiel de dépendance de ces produits. Ils indiquent aussi qu’en augmentant le coût d’accès aux produits les plus dosés (financier ou en terme d’accessibilité), on pourrait potentiellement réorienter les préférences de consommation vers des produits à plus faible teneur en nicotine.

Par Julien Cabé

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