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La définition NIAAA du binge drinking plus opérante que celle de l’OMS : résultats d’une étude publiée dans DAD et soutenue par le Fond Actions-Addictions

 Le binge drinking est un comportement souvent observé chez les adolescents et les jeunes adulte, et qui, de ce fait, intéresse beaucoup les médias. Mais les définitions du binge drinking sont nombreuses et elles ne coïncident pas toutes avec les images d’ivresse extrêmes que l’on voit parfois à la télévision ou dans les magazines grand-public.

A titre d’illustration, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit le binge drinking comme le fait de boire plus de 50g d’alcool au cours d’une seule occasion de consommation. Cela représente en pratique une quantité d’alcool équivalente aux trois-quarts d’une bouteille de vin de 75 cl. On est bien loin du coma éthylique. Pourtant, la définition OMS est l’une des plus utilisées dans les études épidémiologiques internationales sur le binge drinking. La raison à cela est qu’elle facile à implémenter dans des questionnaires. Au contraire, le National Institute on Alcoholism and Alcohol Abuse (NIAAA) aux Etats-Unis, a proposé une définition plus restreinte du binge drinking, selon laquelle il faut boire l’équivalent d’au moins 70g pour les hommes et 56g pour les femmes en moins de deux heures. En effet, le verre-standard américain est de 14g, alors son équivalent pour l’OMS (et en France) est de 10g. Le fait de consommer cette quantité en moins de deux heures suppose une recherche d’ivresse qui n’est pas forcément présente dans les critères OMS, pour lesquels il n’y a pas de contrainte de temps. En pratique, très peu d’études ont comparé les profils de populations résultant de l’utilisation des critères OMS vs. les critères NIAAA.

C’est ce que nous avons fait avec les données issues d’une vaste enquête en population hospitalisée en service d’urgences dans huit centres de la région AURA. Cette étude a été coordonnée par le Pr Georges Brousse (Clermont-Ferrand) et sa collègue chercheuse Ingrid de Chazeron. Les analyses et la publication ici rapportée sont issues du travail de Benjamin Rolland et Mickael Naassila, à l’unité INSERM ERi24 (GRAP) de l’Université Picardie Jules Verne à Amiens. L’enquête a porté sur 11 700 sujets dont le profil de consommation a été séparé entre bingers OMS exclusifs, bingers NIAAA, et non-bingers. Les consommateurs réguliers d’alcool ont été exclus de l’étude pour limiter celle-ci au binge drinking et exclure les usagers réguliers d’alcool et les cas de dépendance.

Les résultats ont montré que, par comparaison avec les critères OMS, les critères NIAAA sélectionnaient des individus plus jeunes, plus souvent de sexe masculin, avec des niveaux d’usage d’alcool nettement plus élevés et des conséquences liées à l’alcool entre deux et trois fois plus fréquentes. Globalement, les critères NIAAA sélectionnaient donc un profil d’usagers d’alcool plus problématiques, et correspondant ainsi davantage aux populations dont les pratiques d’usage sont susceptibles d’exposer à un sur-risque substantiel en matière de santé publique. Cette publication suggère donc qu’utiliser les critères NIAAA pour les études sur le binge drinking serait plus approprié pour étudier ce phénomène sur le plan épidémiologique. Au delà des résultats de cette seule étude, il est important de rappeler que les différentes définitions existantes du binge drinking sont à l’origine d’une hétérogénéité importante des populations étudiées, ce qui peut amener à une confusion gênante vis-à-vis des messages scientifiques délivrés sur le phénomène auprès du grand public.

Pour accéder à l’abstract de l’étude (en anglais), cliquez sur « Consulter en ligne »

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