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Le psychédélique synthétique 2,5-diméthoxy-4-iodoamphétamine (DOI) : une nouvelle piste thérapeutique dans l’addiction à l’alcool ?

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Addiction Alcool - Le psychédélique synthétique 2,5-diméthoxy-4-iodoamphétamine (DOI) : une nouvelle piste thérapeutique dans l’addiction à l’alcool ?

Image par Sweder (Willy) van Rencin (Rencin) de Pixabay

La recherche autour de l’intérêt thérapeutique des psychédéliques s’est développée au cours des deux dernières décennies. En effet, les études concernant le potentiel thérapeutique et le mécanisme d’action des psychédéliques ont connu un pic dans les années 60, mais se sont ensuite stabilisées pendant 50 ans devant une restriction de la règlementation. Depuis peu, ce champ de recherche connaît une renaissance puisque les substances habituellement utilisées pour un usage récréatif, comme le LSD, la kétamine et cannabinoïdes, se sont vues attribuer un potentiel thérapeutique pour différents troubles tels que la dépression résistante, les idées suicidaires et certaines épilepsies chez l’enfant. De plus, des études pilotes récentes suggèrent que la MDMA, ainsi que les psychédéliques classiques, LSD et psilocybine, pourraient contribuer à la pharmacopée de l’état de stress post-traumatique et à celles d’autres troubles psychiatriques difficiles à traiter.

La prise en charge des troubles addictifs, et notamment du trouble lié à l’usage d’alcool représente également une cible potentielle des traitements psychédéliques. Dans les années 50-70, les données de la littérature étaient en faveur d’un effet bénéfique des psychédéliques sur la dépendance aux substances. Cependant, la plupart des études conduites souffraient de biais lié à un faible échantillon, un manque de randomisation ou de groupe contrôle ou encore de possibles biais de sélection.

Dans ce contexte, des chercheurs ont évalué l’intérêt de la 2,5-diméthoxy-4-iodoamphétamine (DOI), un psychédélique synthétique, sur les comportements de consommation de l’alcool, en utilisant un modèle animal de souris mâles. Les effets de la DOI ont été évalués à l’aide d’un test de préférence de place conditionné induit par l’éthanol et d’un modèle de libre choix entre deux bouteilles. Le test de préférence de place conditionné est un modèle fréquemment utilisé afin de déterminer les effets appétitifs  d’une substance. Le test du libre choix entre deux bouteilles (l’une contenant de l’eau, l’autre contenant de l’éthanol) est, quant à lui, un modèle animal qui vise à mimer l’aspect volontaire de la consommation d’alcool chez les humains. Les interactions pharmacodynamiques et pharmacocinétiques entre la DOI et l’éthanol ont également été étudiées. Enfin, afin de mettre en évidence d’autres mécanismes par lesquels les psychédéliques pourraient interagir avec l’éthanol, les auteurs ont évalué si la DOI inversait la libération d’oxyde nitrique, marqueur de l’inflammation, par les macrophages. En effet, l’alcool affecte le système immunitaire inné et acquis, conduisant à une production accrue de cytokines pro-inflammatoires et à de la neuroinflammation, ce qui pourrait contribuer à la recherche ultérieure d’éthanol.

Au total, les auteurs ont retrouvé que la DOI diminuait de manière significative la préférence de place induite par l’éthanol ainsi que la consommation d’éthanol. Les effets de la DOI étaient sélectifs pour l’éthanol par rapport à la consommation d’eau, et pour la première fois, les auteurs ont montré que les effets de la DOI étaient plus importants chez les souris alcoolo-préférentes. Par ailleurs, la DOI ne montrait pas d’interaction d’ordre pharmacocinétique apparente avec l’éthanol et ne modifiait pas sa clairance. De plus, la DOI réduisait significativement la libération d’oxyde nitrique induite par l’éthanol. La suppression de la consommation d’alcool induite par le DOI semblait dépendre des récepteurs 5-HT2A.

Par cette étude, les auteurs ont ainsi montré que la DOI bloquait le conditionnement induit par l’éthanol et réduisait sélectivement sa consommation volontaire. Ceci pourrait être en lien avec une modulation des effets de l’éthanol au niveau du circuit mésocorticolimbique de la récompense, à la neuroinflammation induite par l’éthanol ou à une combinaison des deux mécanismes. D’autres études visant à élucider les mécanismes par lesquels les psychédéliques atténuent les effets de l’éthanol permettraient d’éclaircir la pathophysiologie de l’addiction à l’alcool et pourraient fournir de nouvelles options thérapeutiques. Par ailleurs, cette étude n’ayant été conduite que chez la souris mâle, d’autres études chez la femelle seraient intéressantes afin de déterminer une éventuelle différence de réponse aux psychédéliques liée au sexe.

Par Louise Carton

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