Nouveau regard sur les liens entre consommation d’alcool et alcoolémie

Cette étude s’appuie sur un modèle animal d’alcoolisation chez des rats qui n’ont jamais été exposé à l’alcool mais sont d’une souche fortement alcoolo-préférante (c’est à dire naturellement attirée par l’alcool par rapport à de la nourriture ou à de l’eau sucrée).

Alcool

L’alcoolémie est communément utilisée pour estimer les consommations récentes d’alcool, tant au plan judiciaire que scientifique ou médical. Pourtant, de nombreux facteurs peuvent influencer la valeur d’alcoolémie pour un même niveau de consommation, en particulier le volume de liquide dans lequel l’alcool est dilué, ou la concentration en alcool de la boisson ingérée. Ces facteurs sont pourtant très variables tant lors des consommations d’alcool chez l’humain, que lors d’expérimentation sur modèles animaux.

Cette étude s’appuie sur un modèle animal d’alcoolisation chez des rats qui n’ont jamais été exposé à l’alcool mais sont d’une souche fortement alcoolo-préférante (c’est à dire naturellement attirée par l’alcool par rapport à de la nourriture ou à de l’eau sucrée).

Dans une première étude, 7 rats ont été exposé à de l’alcool 2h par jour en accès libre, ainsi qu’à de l’eau et à de la nourriture. La consommation d’alcool était mesurée, ainsi que la concentration sanguine d’alcool à 30, 60 et 90 minutes. Dans une seconde étude, 39 rats étaient exposés à des doses variables d’alcool de manière contrôlée à l’aide d’un sondage gastrique : soit à volume constant et concentration variable, soit à concentration constante mais à volume variable.

La concentration sanguine d’alcool était plus fortement corrélée au ratio entre la quantité d’alcool ingérée et la quantité totale de liquide ingérée, qu’a la seule quantité d’alcool ingérée. Il n’y avait pas d’effet de la dose totale d’alcool ingérée sur la concentration sanguine d’alcool dans la première heure après l’ingestion, quels que soient la concentration d’alcool et le volume de liquide ingéré. Des doses totales d’alcool ingérées plus élevées pouvaient par contre prédire des concentrations sanguines d’alcool plus élevées lors des mesures réalisées plus d’une heure après l’ingestion.

Ainsi, il semble que la concentration sanguine en alcool, mesurée moins d’une heure après l’ingestion, ne soit pas un reflet fiable des consommations d’alcool effectives, quelles que soient les modalités (volume et concentration). Les auteurs suggèrent donc que les changements observés après une consommation d’alcool au niveau comportemental, biochimique ou physiologique, variables selon la quantité d’alcool, ne peuvent être directement imputés à des différences dans la concentration sanguine d’alcool.

Afin de prendre en compte ces résultats, les études à venir devraient essayer de contrôler les apports liquides non alcooliques proposés aux sujets.

Par Nicolas Cabé

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