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ALCOOL / En novembre dans Alcohol & Alcoholism

Alcohol & Alcoholism est le journal du Medical Council on Alcohol. La revue publie des recherches sur l’alcool et l’alcoolodépendance, avec une valence essentiellement clinique.

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Addiction Alcool - ALCOOL / En novembre dans Alcohol & Alcoholism

Mésusage d’alcool: Comment formuler les messages de prévention ?

alcoolLes campagnes de santé publique visant à limiter la consommation d’alcool sont toujours un challenge complexe. Il faut, en peu de mots, provoquer un changement d’attitude chez les usagers. Plusieurs aspects sont considérés par les pouvoir publics pour définir le ou les messages ou slogans de ces campagnes. D’abord, choisir si le message portera sur les conséquences positives d’un arrêt ou d’une limitation de l’usage de la substance, ou au contraires sur les conséquences négatives de la poursuite du mésusage. Ensuite, définir si ces conséquences portent sur le long-terme ou au contraire le court terme. Pour le tabac par exemple, certaines études ont montré que les adolescents étaient très peu sensibles aux campagnes de prévention évoquant des risques à long terme, mais au contraire beaucoup plus réactifs à des conséquences immédiates, mêmes si celles-ci étaient moins graves (toux, haleine, côté ringard,…).

Dans cette étude, Susan Churchill (Université de Chichester, Royaume-Uni) et ses collègues ont réalisé une enquête en ligne dans laquelle ils ont proposé aux participants des messages de prévention différant selon le type de conséquence évoquée (positive ou négative) et le caractère immédiat ou à long terme de ces conséquences. En fonction du niveau d’autonomie des sujets, c.à.d. de leur capacité à s’estimer responsables de leurs actions et de leurs choix (définition des auteurs), ont été évalués quels messages avaient un impact significatif sur la consommation ultérieure d’alcool des participants. Les résultats montrent que les sujets dits de « faible autonomie » sont sensibles aux messages portant sur les conséquences négatives du mésusage d’alcool, mais principalement celles portant sur le court terme. Ce constat est faux chez les personnes dites de « haute autonomie », qui sont plus sensibles aux messages portant sur des conséquences au long cours.

Même si elle est limitée en termes de nombre de sujets et sur les méthodes utilisées, cette illustre que, tout comme pour les procédures de soins, il pourrait est intéressant de personnaliser les messages de prévention en fonction de certaines caractéristiques de la population visée. C’est ce qui est déjà fait en pratique pour les campagnes visant les adolescents. Cela pourrait être étendu à différentes catégories de la population adulte.

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Qui sont les patients en demande de baclofène ?

alcool2Depuis 2008, le baclofène constitue en France un phénomène assez particulier. Il a été, bien avant le Sélincro®, le premier traitement à être utilisé en réduction de consommation. De plus, il a fait l’objet d’une médiatisation importante, qui pu toucher des personnes n’ayant jamais discuté au préalable de leur problématique d’alcool avec un médecin. C’est en partie sur la base de cette hypothèse qu’avec Nicolas Simioni (CHRU de Lille, France), nous avons regardé quels étaient les patients qui avaient consulté au sein de deux centres d’addictologie de la région Hauts-de-France entre septembre 2012 et mars 2014, c.à.d. jusqu’à la RTU.

Les deux centres (Lille et Béthune) avaient une « consultation baclofène » spécifique, ce qui a permis de comparer les populations de « chercheurs de baclofène » et les patients « classiques ». Lors de la consultation initiale, les patients en demande de baclofène avaient une consommation d’alcool significativement plus importante que les patients contrôle. Ils venaient environ 15 plus souvent avec un objectif de réduction de consommation, et ils venaient en moyenne 6 à 7 fois plus souvent dans le cadre d’une démarche spontanée (non orienté par un médecin). Ils étaient 8 à 9 fois plus souvent en démarche spontanée et sans antécédent de prise en charge addictologique. Malgré ces différences, sur l’année qui suivaient le début de prise en charge, les patients en demande de baclofène étaient 3,5 fois plus nombreux encore en soins à 6 mois, et 2 fois plus nombreux à 12 mois.

Probablement du fait de sa grande médiatisation à l’époque, et de la promesse de consommation contrôlée qui lui est associée, le baclofène a pu attirer un profil de patients nouveau, n’ayant jamais préalablement consulté en addictologie au préalable. Ce constat justifie l’extension de options de traitement aux stratégies de réduction de consommation. Les résultats de l’étude soulèvent également le rôle des médias dans l’accès aux soins des patients, dans les rares occasions où ils s’intéressent aux problèmes d’alcool et à leur traitement. Quoi qu’on en pense, le baclofène a pu être l’une de ces rares occasions. On espère qu’il aura l’occasion de le rester.

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