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ALCOOL / Le baclofène dangereux à haute dose

Il a longtemps été présenté comme le médicament miracle pour sortir de la dépendance à l’alcool, mais aujourd’hui le baclofène est remis en cause par l’Agence nationale du médicament (ANSM). Utilisé à fortes doses, il serait associé à un risque de décès élevé. Presque le double par rapport aux autres médicaments utilisés pour traiter l’alcoolodépendance.

L’étude a été conduite entre 2009 et 2015 en collaboration avec l’Assurance maladie et l’Inserm. Pour en parler, le Pr Michel Reynaud, médecin-addictologue, président du Fonds Actions Addictions et auteur d’une étude sur le baclofène, était l’invité du Magazine de la santé ce mardi 4 juillet 2017.

  • La position de l’ANSM qui a décidé de revoir l’autorisation temporaire d’utilisation du baclofène est-elle inquiétante ?

Pr Michel Reynaud, médecin-addictologue : « La position de l’ANSM n’est pas du tout inquiétante. Elle est normale. Il y a des effets secondaires que l’on pouvait en grande partie prévoir, dans certaines populations avec des complications surajoutées et qui prennent de très fortes doses de baclofène. Quand on regarde le bénéfice-risque, cette étude sur plus de 200.000 patients sur six ans qui montre cette augmentation de mortalité pour les fortes et très fortes doses, amène très justement l’Agence du médicament à prendre des positions bénéfice-risque  et donc d’être plus prudente sur les doses et sur les indications.

« Dans la saga du baclofène, il y a eu une médiatisation qui reprenait des positions de médicament miracle, qui ont tenu  quelques années. Il y a donc eu une telle pression que l’Agence a en partie cédé à cette pression. Et maintenant face à des données scientifiques, elle reprend une position plus mesurée et moins risquée. »

  • Dans quelles indications prescrit-on le baclofène ?

Pr Michel Reynaud, médecin-addictologue : « Le baclofène est un traitement utilisé pour le maintien de l’abstinence après le sevrage. Il n’a pas donné de résultat meilleur que le placebo. En revanche, dans la diminution de consommation, il a donné dans certaines études des résultats positifs pour la moitié des patients. Il permet donc de revenir à des consommations non nocives. On voit une diminution de consommation ce qui est tout à fait important. On pouvait prescrire le baclofène en première intention ou en deuxième intention après avoir essayé d’autres médicaments. L’ANSM avait accepté dans un deuxième temps que l’on puisse le prescrire en première intention. C’est un médicament qui n’est pas très simple à prescrire, encore que selon les résultats de l’étude, jusqu’à 75-90 milligrammes il  y a très peu de risques. L’alcoolisme est une maladie qui tue terriblement, qui gâche des vies, c’est une maladie grave. Il est donc intéressant d’avoir des médicaments même s’il y a un petit risque. »

Voir l’interview vidéo en cliquant sur « Consulter en ligne »

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