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Qui sont les forts buveurs qui ne développent pas d’addiction ? Réponse dans cette étude américaine publiée dans Drug & Alcohol Dependence.

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Addiction Alcool - Qui sont les forts buveurs qui ne développent pas d’addiction ? Réponse dans cette étude américaine publiée dans Drug & Alcohol Dependence.

L’addiction, ce n’est pas le temps passé à consommer une substance ou à effectuer un comportement. L’addiction, ce n’est pas non plus le simple niveau de consommation d’une substance. L’addiction, c’est avant tout les répercussions que l’usage d’un produit ou bien un comportement entrainent sur la vie du sujet, et la dimension de « perte de contrôle » vis-à-vis de l’usage ou du comportement, perte de contrôle qui se manifeste par du craving, l’envahissement de la vie de l’individu par le produit ou le comportement addictif, ou encore l’impossibilité de réduire l’usage ou le comportement alors même que le sujet essaie de le faire.

Tous les soignants en addictologie en ont fait le constat : à niveau d’usage égal, les répercussions de l’usage sont excessivement variables d’un individu à l’autre. Pour l’alcool par exemple, le fait qu’un patient « boive 10 verres-standard par jour » ne dit pas grand-chose sur les critères d’addiction. A ce niveau d’usage, certains individus auront des répercussions psychosociales nombreuses et très invalidantes, alors que d’autres n’en auront aucune. Il est bien sûr important de mieux comprendre pourquoi.

Dans cette étude américaine, les auteurs ont mesuré quels facteurs étaient associés avec la sévérité des critères de trouble d’usage d’alcool chez plus de 1100 patients présentant ce trouble. Pour explorer les facteurs explicatifs, ils ont d’abord réalisé une analyse en composante principale (ACP), pour voir comment les différentes variables sociodémographiques se combinaient entre elles. L’ACP retrouvait une composante (composante 1) de variables s’agrégeant ensemble et correspondant à des variables de régulation d’humeur et de comportement (impulsivité, anxiété, dépression…). Une deuxième composante (composante 2) agrégeait les variables en lien avec des facteurs familiaux ou sociaux. Enfin une troisième composante (composante 3) correspondait aux troubles cognitifs. Les analyses ultérieures (une analyse de régression multiple) a montré que le fait de présenté peu de critères d’addiction à l’alcool était lié à des facteurs de la composante 1 et de la composante 2.

Retraduit en termes profanes, cela veut dire que les sujets qui boivent de grandes quantités quotidiennes d’alcool mais arrivent à ne pas avoir de critères d’addiction (ce que les auteurs ont appelé la « résistance à l’addiction ») ont une meilleure stabilité d’humeur et du comportement, mais aussi un meilleur environnement familial et social en général. En particulier, les individus ayant une plus grande stabilité émotionnelle, une meilleure adhésion aux normes sociales, moins de conduites à risques, et moins de membres familiaux avec problèmes d’addiction, sont davantage protégés des critères d’addiction alors même qu’ils avaient une consommation importante d’alcool.

Cette étude n’est pas la première à montrer ce type de résultats. Par ailleurs, elle corrobore l’impression clinique de nombreux soignants : la meilleure protection contre l’addiction est un bon environnement psychosocial, et l’absence de trouble psychiatrique associé. Depuis une dizaine d’années, le concept de « trouble duel » évoque précisément l’adage selon lequel « plus il y a de problèmes, plus il y a de problèmes », c’est-à-dire que les troubles psychiatriques et addictologiques qui s’agrègent entre eux, agrègent également avec eux un florilège de problèmes psychosociaux et adaptatifs. C’est précisément le rôle des services d’addictologie de repérer ces problèmes agrégés et de les traiter dans le cadre d’une prise en charge intégrée et multi-professionnelle.

Par Benjamin Rolland

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