Une petite introduction sur le Dry January au Royaume-Uni

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Addiction Alcool - Une petite introduction sur le Dry January au Royaume-Uni

L’alcool est associé à plus d’une soixantaine de pathologies de toutes sortes, incluant notamment des cancers, le diabète, la dépression et l’hypertension artérielle (au moins 10% d’étiologie éthylique chez l’homme). En période hivernale, l’alcool perturbe le sommeil et ralentit le rétablissement en cas d’infection virale saisonnière. Sur le plan psychique, l’alcool majore l’anxiété et le risque de dépression. Sur le plan physique, par exemple, l’alcool complique les objectifs de perte de poids et interagit avec de nombreux médicaments. La diminution du mésusage d’alcool dans le monde est donc un enjeu crucial de santé publique.

Depuis plusieurs années et en plusieurs points du globe on voit apparaître des campagnes de prévention pour faire expérimenter collectivement et sur une durée déterminée un arrêt temporaire d’alcool (Dry January au Royaume-Uni ou Dry July en Australie) ou de tabac (Stoptober au Royaume-Uni, le mois sans tabac en novembre en France).

Pour l’alcool, le principe de ces campagnes repose sur des études ayant montré qu’une courte période d’abstinence avait de nombreux bénéfices : diminution de la résistance à l’insuline, perte de poids, amélioration du sommeil, diminution de la tension artérielle. Ces bénéfices ressentis par les participants peuvent motiver en soi à répéter les périodes d’arrêt de l’alcool.

La plus connue de ces campagnes, le “Dry January”, (en français aussi « Le défi de Janvier » : https://dryjanuary.fr/ ”), est une campagne annuelle qui a été mise en place à partir de 2013 au Royaume-Uni par l’association Alcohol Change UK (Alcohol Concern à l’époque). Elle est aussi portée depuis 2015, par Public Health England – l’équivalent britannique de Santé Publique France – qui en a propagé massivement la diffusion à travers tout le pays par les réseaux sociaux, la presse, la radio, et la télévision, y consacrant un budget conséquent.

Dans la culture britannique où – comme en France et dans d’autres pays occidentaux – l’alcool est très ancré dans les relations sociales, le but est justement d’en faire évoluer les représentations culturelles, mais aussi d’attirer l’attention sur la problématique de l’alcool, de libérer le dialogue à propos des consommations, et d’améliorer la qualité de vie des participants en réduisant les dommages causés par l’alcool (via la diminution de la consommation à long terme), On constate en outre que dans les pays ayant une culture de l’alcool bien installée, il existe une certaine pression sociale à consommer, au cours d’évènements festifs ou à certains endroits de réunion comme les pubs ou les bars. La campagne est dans ce contexte une source de motivation pour assumer son choix d’abstinence.

(Note : Il existe aussi plus ou moins selon les pays une pression politique et économique à maintenir une consommation d’alcool plutôt stable, ce qu’on constate par exemple avec l’annulation du Mois Sans Alcool en France l’année dernière, sous l’influence des lobbies viticoles.)

A travers une forme d’émulation puis de contagion sociale, le Dry January propose d’essayer collectivement de ne pas consommer d’alcool en janvier, mois propice puisqu’il suit généralement une période de fêtes bien arrosée, et qu’on constate une augmentation des tentatives pour réduire sa consommation d’alcool en janvier. La campagne est soutenue par des moyens numériques (site internet, messages de soutien par sms et mails) et est aussi adaptée à des publics ayant peu recours aux services de soins (étudiants à l’université par exemple). Chaque mois de janvier les participants peuvent donc s’inscrire sur une plateforme en ligne (disponible aussi sous forme d’application smartphone), attestant ainsi officiellement de leur participation au Dry January. Ils reçoivent alors régulièrement et durant toute la campagne des informations et des messages de soutien pour atteindre l’objectif de mois sobre.

Sur la toile, la campagne diffuse des informations sur l’alcool durant le mois de janvier, encourage les conduites alternatives et donne la possibilité de contacter des professionnels de santé. Le Dry January représente en effet aussi une bonne occasion pour parler plus facilement de la consommation d’alcool, aussi bien du côté des médecins généralistes, en première ligne pour repérer les mésusages, que des patients.

Si ce type de campagne a été relayé de façon largement positive par le milieu scientifique, elle a pu questionner certains d’entre eux sur de potentielles conséquences négatives. Ainsi, Ian Hamilton, maître de conférence de l’Université York, a émis la crainte de l’apparition d’un « effet rebond » à la fin de la campagne Dry January, à savoir une augmentation des consommations après cette période d’arrêt d’usage voire d’une sorte de permission vers un retour à l’usage à risque le reste de l’année. L’effet “rebond” des consommations après le Dry January a été constaté dans une étude mais chez une faible proportion des participants.

Une autre crainte soulevée a été le manque de clarté par rapport à la population ciblée par cette campagne. Elle n’est en effet pas adaptée pour les personnes souffrant d’une addiction à l’alcool, voire peut-être dangereuse pour cette population en raison d’une part du risque de sevrage compliqué en cas d’arrêt brutal (risque de crises d’épilepsie, de troubles neurologiques, voire de décès) sans accompagnement médical, d’autre part du risque d’échec qui pourrait les décourager pour un nouveau sevrage. La campagne s’adresse en fait plutôt aux personnes ayant un usage d’alcool à risque, c’est-à-dire, au-delà des seuils recommandés (seuils qui dépendent des pays) ou étant potentiellement source de dommages dont le risque d’une dépendance à l’alcool.

Quant aux effets de la campagne sur les participants, les impacts s’avèrent être bénéfiques sur le court et long terme, autant sur la consommation d’alcool que sur la qualité de vie, comme le montre l’équipe du Docteur Richard de Visser qui travaille sur le Dry January depuis quelques années dans le second billet sur le sujet.

 

Équipe de réalisation

Sophie-Athéna Creusot, assistante en psychiatrie & addictologie à Bordeaux

Julia de Ternay, interne en psychiatrie, FST d’addictologie à Lyon

Céline Giraudet, interne en psychiatrie, FST d’addictologie à Lyon

Rayane Hamza, interne en psychiatrie, FST d’addictologie à Lyon

Pierre Leblanc, assistant hospitalo-universitaire en santé publique à Lyon

Pr Benjamin Rolland, PU-PH en psychiatrie & addictologie à Lyon

Pr Philippe Michel, PU-PH en santé publique à Lyon

Dr Bernard Basset, addictologue et président de l’Association Addictions France

Pr Amine Benyamina, PU-PH en psychiatrie & addictologie à Paris

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