Cinéma / “La fête est finie“ Un film de Marie Garel-Weiss

6 mars 2018

Addiction  - Cinéma / “La fête est finie“  Un film de Marie Garel-Weiss

 

Ce film, sorti sur les écrans le 28 février, se rajoute à l’ensemble des œuvres cinématographiques qui nous parlent de tentative de sevrage. Il n’est pas question ici du sevrage d’un produit en particulier car tous semblent être concernés, du moins pour l’un des personnages poly-consommateur, mais bien plutôt d’une tentative de se débarrasser d’un parcours de “galère“, avec l’envie de simplement s’en sortir, de mettre derrière soit les années difficiles. La réalisatrice ne cache pas dans ses entretiens qu’elle a pris appui sur des événements de sa propre vie.

Les protagonistes sont jeunes. Céleste, 19 ans, et Sihem, 26 ans, arrivent le même jour dans un centre thérapeutique étonnamment peu accueillant. Le personnel est plutôt mal-aimable. Les règles strictes du séjour sont fournies à la mitraillette et sans explication. « C’est l’armée ici !“ dira Céleste. Le lieu est assez austère. Rien ne semble donner l’envie aux deux jeunes femmes de rester, et on compatit. Les occupants sont assez facilement culpabilisés, soit de ne pas dire un mot en groupe de parole, soit de s’exclure de la vie communautaire, soit de prendre un bain à deux dans la même baignoire, soit de s’amuser avec un jet d’eau dans le jardin. L’image malheureusement renvoyée de ce centre d’accueil est donc celle qu’il faut inévitablement souffrir pour réussir à se sevrer, et que la liberté est loin d’être de la partie. A part quelques activités qui semblent ludiques (Volley-ball) ou apaisantes (Tai-chi), il apparaît parfois qu’il ne s’agit pas ici de vivre, mais de survivre…

Céleste et Sihem se soutiennent l’une l’autre, et leur lien d’amitié très fort est plutôt considéré par le responsable du centre comme un handicap au sevrage, plutôt qu’une force. Il leur est suggéré de s’en sortir toute seule, et surtout sans béquille.

Il n’en faut donc pas beaucoup plus à Céleste et Sihem, qui ont pourtant fini par accepter de jouer le jeu, de manquer d’air. Une sortie clandestine en ville pour acheter un “grec“, et la soirée conviviale qui suit, avec des jeunes gens croisés sur la route, suffit à les faire virer du centre. Retour donc hors les murs, livrées à elles-mêmes pour reprendre la vie d’avant et les galères et tentations qui peuvent y être associées…

Les deux jeunes femmes ont trouvé un logement social, un petit studio, vivent ensemble sous le même toi, mais ne sont plus sur la même longueur d’onde. Se relever les manches et reprendre sa vie en main est l’objectif affiché de Sihem, tandis que de Céleste préfère “se la couler douce“. Une soirée exceptionnelle de poly-consommation suffit à confirmer leurs désaccords.

La suite, bien entendu, comme dans beaucoup d’œuvres cinématographiques sur cette thématique, est un parcours de rédemption, du moins pour Céleste, avec un sevrage réussi grâce aux Narcotiques Anonymes, mais encore une fois, l’abstinence totale semble être le saint graal, un dogme qui a la vie dure au cinéma, ici comme ailleurs.

Malgré tout, la difficulté de se sevrer sans perdre le goût de vivre, sa liberté, et le plaisir et les satisfactions que pouvaient apporter les produits, est heureusement l’une des problématiques explorée en sous-main dans le film, et c’est probablement l’une des plus intéressantes à approfondir pour comprendre la difficulté d’un sevrage total, ou d’une reprise de contrôle de sa consommation…

En savoir plus